Des migrants près du camp des Verrotières à Calais, pendant l'hiver 2018. Crédit : InfoMigrants
Des migrants près du camp des Verrotières à Calais, pendant l'hiver 2018. Crédit : InfoMigrants

Les opérations de démantèlement des campements illicites de migrants à Calais ont lieu le matin, généralement avant midi. Une plage horaire pendant laquelle les migrants désertent souvent leur tente pour se rendre aux distributions de petits-déjeuners, situées à quelques kilomètres de là. Faut-il y voir une corrélation ? Non, affirme la préfecture.

Depuis plusieurs mois, les associations d’aide aux migrants, parmi lesquelles Utopia 56 et l’Auberge des migrants, reprochent à la préfecture du Pas-de-Calais de détruire quotidiennement les campements illégaux de migrants à Calais. "Tous les jours entre 8h30 et 10h30, il y a des opérations de police", affirme Antoine, membre d’Utopia 56 et présent sur le terrain lors des démantèlements.  

Les bénévoles des associations de Calais sont affirmatifs : hormis de rares exceptions, les opérations de destruction de "points de fixation" ont toujours lieu le matin. "Pendant ces deux heures-là, beaucoup de migrants se rendent vers les lieux où l’on sert les petits-déjeuners, c'est assez loin de leur tente et de leur campement", ajoute Charlotte, autre membre d’Utopia 56 à Calais.

Les distributions de nourriture sont effectivement organisées à différents points* de la ville de Calais. "Il faut plus de 20 minutes de marche pour aller du camp Marcel Doret à la distribution organisée rue des Huttes, par exemple", précise Charlotte. Le temps d’absence des migrants peut donc être long.

Faut-il y alors voir une corrélation ? Les forces de l’ordre procèdent-elles aux démantèlements des camps illicites quand ces derniers sont désertés par leurs occupants ? Non, affirme le sous-préfet de Calais, Michel Tournaire, interrogé par InfoMigrants.

"Il n’y a aucune corrélation entre les opérations de police et les distributions de repas le matin […] Les forces de police n’attendent pas la désertion des camps pour procéder aux démantèlements". Selon le sous-préfet, les opérations de police se déroulent le matin pour des "questions d’organisation".

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Pourtant, "certains migrants peuvent hésiter à se rendre aux distributions. C’est un peu le dilemme : ‘Soit tu manges, soit tu gardes ta tente’", précise Charlotte. Antoine, son collègue, qui a été témoin de nombreux démantèlements, précise à son tour : "Quand les forces de l’ordre arrivent vers 8h30, elles laissent un peu de temps aux personnes qui sont présentes pour rassembler leurs affaires, mais ceux qui ne sont pas là, en revanche, ne retrouveront rien".

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Le sous-préfet s'inscrit en faux face à ces allégations. Lors des démantèlements, "ceux qui sont absents peuvent récupérer leurs affaires personnelles, type documents administratifs à la Ressourcerie**".

Selon Utopia 56, plus de 110 démantèlements*** ont eu lieu depuis le 1er janvier 2019. "C’est presqu’un rituel", selon Charlotte d’Utopia 56. Une cadence élevée confirmée par le sous-préfet. "La police procède par secteur géographique et intervient un jour sur deux", précise Michel Tournaire.

*Les distributions de nourriture ont lieu : Rue des huttes, entre 8h45 et 10h, et près du camp du Virval, non loin de l’hôpital entre 10h et 11h. Ils sont organisés par l’État via l’association La vie active.

** La Ressourcerie est un magasin solidaire situé au 365 Avenue Saint-Exupéry, à Calais. Les associations d'aide aux migrants y récupèrent souvent des affaires pour les distribuer aux occupants des campements.

***Il existe plusieurs campements de migrants à Calais :

Camp des Verrotières/Pont Trouille : environ 150 personnes y résident

Camp Virval (près de l’hôpital) : environ 50 personnes y résident

Camp Marcel Doret : environ 50 personnes y résident

Camp du Old Lidl : environ 20 personnes y résident


 

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