Capture d'écran du démantèlement du bidonville de San Ferdinando filmé en direct par une chaîne locale. Crédit : Local Team TV / Twitter
Capture d'écran du démantèlement du bidonville de San Ferdinando filmé en direct par une chaîne locale. Crédit : Local Team TV / Twitter

Le bidonville de San Ferdinando dans le sud de l’Italie a été démantelé à grands renforts de bulldozers mercredi 6 mars. Près d’un millier de personnes y avaient élu domicile. Le gouvernement veut à tout prix éviter que le campement se reforme comme c’est le cas régulièrement.

Le campement de San Ferdinando, en Calabre dans l’extrême sud de l’Italie, est connu des autorités depuis des années. Régulièrement démantelé, il se reforme à chaque fois accueillant des migrants dans une extrême précarité dont beaucoup ont un travail saisonnier, parfois au noir, dans les exploitations agricoles de la région.

Mais cette fois-ci, c’est la bonne, à en croire Matteo Salvini, le ministre italien de l'Intérieur et patron de la Ligue (extrême droite antimigrants). Près d’un millier de migrants ont ainsi été évacués mercredi matin dans le calme et leurs baraquements de fortune détruits par des bulldozers. "Comme promis [...] nous sommes passés des paroles aux actes", a réagi l’homme fort du gouvernement populiste italien précisant que 600 policiers et 18 autocars avaient été dépêchés sur place.

Bien que Matteo Salvini ait promis le relogement des migrants dans des centres d'accueil, plusieurs d’entre eux interrogés mercredi après le démantèlement par les médias locaux ne semblaient pas savoir où ils seraient conduits et où ils passeraient la nuit. Le Premier ministre s’est contenté de répondre, toujours sur Twitter, qu’il se félicitait de parvenir à “soustraire [ces migrants] de la mafia et de la criminalité en les répartissant dans des structures plus petites et contrôlables, ainsi qu’en accroissant la transparence” de sa politique migratoire.

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Les problèmes sécuritaires étaient très courant dans le bidonville de San Ferdinando. Quatre migrants y ont trouvé la mort, assassinés ou morts dans des incendies accidentels ou volontaires, depuis un an, souligne l'association Médecins pour les droits de l'Homme, présente sur place depuis des années. C’est d’ailleurs la mort d'un Sénégalais de 29 ans, Moussa Ba, qui avait conduit les autorités italiennes à ordonner une nouvelle fois la démolition de ce bidonville.

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Une mesure qui ne répond pas au problème, selon les associations de défense. Médecins pour les droits de l'Homme estime que cette "énième" évacuation a été menée "sans prendre en considération ni les droits individuels de ces travailleurs migrants, ni les engagements pris par les institutions et associations régionales et locales en faveur d'actions à long terme destinées à favoriser (leur) insertion sociale".

Sur les réseaux sociaux, de nombreux citoyens et militants ont aussi fait part de leur colère estimant que les bulldozers n'allaient rien changer au fait que ces migrants évacués étaient bien souvent exploités par des patrons du secteur agricole. "Se débarrasser du bidonville n’est pas la solution, mais plutôt le moyen le plus simple [pour le gouvernement] d’obtenir des votes. Et dans tout ça, personne ne combat les exploiteurs", dénonce ainsi Angelo, un militant actif sur Twitter, vidéo à l'appui.

La préfecture de Reggio Calabria a assuré de son côté qu'elle prendrait toutes les mesures nécessaires pour empêcher la reconstruction de ce bidonville, qui certaines années a accueilli jusqu'à 5 000 personnes.

Attirés par le travail saisonnier, des centaines de migrants ont pris l'habitude depuis des années de s'installer dans cette région agricole de la Calabre. La Coldiretti, principal syndicat agricole italien, a d'ailleurs lancé mardi un appel aux autorités pour qu'ils autorisent rapidement l'entrée de travailleurs étrangers en Italie, en raison de l'avancement de la date de certaines récoltes après des températures inhabituellement élevées.

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