Les excisions se pratiquent avec des pierres tranchantes, des lames de rasoirs ou de simples couteaux.
Les excisions se pratiquent avec des pierres tranchantes, des lames de rasoirs ou de simples couteaux.

Les mutilations génitales touchent au moins 200 millions de jeunes filles et de femmes dans le monde, selon les Nations unies. Le film "A girl from Mogadishu", qui doit sortir en salle cette année, raconte l’histoire d’une réfugiée somalienne vent debout contre cette tradition dans son pays.

En Somalie, 98% des filles subissent des mutilations génitales avant l’âge de 5 ans. Le clitoris et les lèvres sont coupées avec une pierre coupante, du verre ou une lame de rasoir. Le vagin est ensuite cousu. Les jambes sont attachées ensemble une dizaine de jours pour permettre aux plaies de guérir. Seul un petit orifice est laissé pour les urines et les menstruations. Au delà de la douleur, le risque d’infection est grand, parfois fatal pour les fillettes.

Ifrah Ahmed a vécu ce cauchemar. L’activiste irlando-somalienne explique dans une interview à la Fondation Thomson-Reuters comment elle et d’autres filles ont subi ces mutilations en groupe, avant d’être enfermées dans une hutte pendant des semaines pour cicatriser. Une fille à côté d’elle est décédée d’une infection parce qu’elle n’arrivait pas à aller aux toilettes. L’histoire d’Ifrah Ahmed est racontée dans le film "A Girl From Mogadishu" diffusé en première fin février au Festival International du film de Dublin. Le long-métrage doit sortir dans les salles courant 2019.

Ifrah Ahmed a aujourd’hui 30 ans. Elle a subi ces mutilations génitales en même temps que ses sœurs et ses cousines. À 13 ans, elle a été violée par des soldats, avant d’être recousue à nouveau. À 17 ans, elle a fui en Éthiopie. Elle échappe à des trafiquants, sur le point de la vendre comme esclave en Arabie Saoudite, puis arrive à rejoindre l'Irlande. Elle y deviendra au fil des années une figure internationale de la lutte contre les mutilations génitales féminines.

Combattre "le tueur silencieux" en Somalie

Dans beaucoup de familles somaliennes, l’excision est considérée comme un devoir religieux. Malgré l’interdiction de cette pratique dans la Constitution somalienne en 2012, les ablations du clitoris, des petites et grandes lèvres, les coutures du vagin et les infibulations, restent la norme. Celles qui oseraient s’opposer à ce rite s’exposent à des représailles. 

En dépit de ce risque, Ifrah Ahmed est retournée en Somalie huit ans après son exil pour mener une campagne de sensibilisation contre ce qu’elle appelle "le tueur silencieux". "Je ne peux changer ce qui m’est arrivé, explique-t-elle, mais je ne veux pas que d’autres filles aient à subir la même chose".

En Somalie, Ifrah Ahmed a été accusée d’avoir été victime d’un lavage de cerveau de l’Occident. En Irlande aussi, elle a subi intimidations et menaces de mort. Mais elle estime que les choses sont en train de bouger. L’an dernier, la mort d’une Somalienne de 10 ans décédée des suites de mutilations génitales a fait les gros titres"Mon rêve est de mettre fin aux mutilations génitales pas seulement en Somalie, mais partout", affirme Ifrah Ahmed.

Sohair el-Batea est morte pendant une excision en Egypte en 2013 o plus de neuf femmes sur dix subissent ce genre doprationsUn demi-million de victimes d'excision en Europe

L'excision ne touche pas seulement le continent africain. Selon le réseau européen "End FGM" (FGM pour Female genital mutilation, ndlr), près de 500 000 femmes vivant en Europe ont déjà subi des mutilations génitales. De plus, chaque année environ 180 000 personnes seraient exposées à ce risque. Il concerne essentiellement des jeunes filles immigrées issues de pays où ces mutilations sont traditionnellement pratiquées. 

D’après une nouvelle étude de l’Institut européen pour l'égalité des genres, Malte est particulièrement concerné, puisque les immigrées viennent essentiellement de pays comme la Somalie, l’Érythrée, l’Éthiopie, l’Égypte, le Soudan ou encore le Nigéria et la Sierra Leone. "Il est difficile d’imaginer et d’accepter que de nos jours dans l’Union européenne des jeunes filles sont encore menacées par l’une des formes de violences les plus horribles", s’indigne Virginija Langbakk, la directrice de l’Institut.

Une militante contre les mutilations gnitales fminines dans une mosque  Hambourg En Allemagne, l'association Terre des Femmes estime à 65 000 le nombre de femmes ayant déjà subi des mutilations génitales. L’organisation de défense des droits des femmes explique que les autorités allemandes n’ont pas les capacités d’empêcher des parents d’emmener leurs enfants dans leur pays d’origine pour des excisions. Selon l’ONG, plus de 15 000 filles vivant en Allemagne courent actuellement ce risque.

"La seule manière de vraiment savoir ce qui se passe est d’avoir une société vigilante", assure Charlotte Weil de Terre des Femmes dans une interview à la Deutsche Welle. "Les enseignants, par exemple, qui ont affaire aux parents susceptibles de faire subir une excision à leur fille, doivent être particulièrement attentifs."

 

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