Des femmes déplacées internes préparent à manger dans le camp de Maiduguri, dans le nord-est du Nigeria. Crédit : REUTERS / Afolabi Sotunde.
Des femmes déplacées internes préparent à manger dans le camp de Maiduguri, dans le nord-est du Nigeria. Crédit : REUTERS / Afolabi Sotunde.

Amnesty International demande à ce que justice soit faite pour des milliers de femmes qui ont fui Boko Haram, dans le nord-est du Nigeria, et qui sont toujours victimes de violences sexuelles dans les camps de déplacés du pays.

Dans le nord-est du Nigeria, le conflit avec Boko Harama a provoqué une grave crise humanitaire. Plus de 27 000 personnes sont mortes depuis 2009 et quelque 1,8 million de déplacés ne peuvent pas rentrer chez eux. Parmi eux se trouvent de nombreuses femmes, souvent livrées à elles-mêmes dans des camps de réfugiés gardés par l'armée.

À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes vendredi 8 mars, Amnesty International rappelle dans un communiqué que ces femmes subissent toujours des abus et de la négligence de la part des autorités. Dans les camps où elles se trouvent, elles sont "victimes de violences sexuelles et de viols", souvent "en échange de nourriture". Toujours selon l'organisation, "des milliers de personnes sont mortes par manque de nourriture, d'eau ou de soins de santé".

Des familles séparées, des femmes isolées

Les femmes sont d'autant plus isolées dans ces camps que les hommes "en âge de se battre" sont, d'après Amnesty International, pour beaucoup "suspectés d'être de Boko Haram" et donc "emmenés ailleurs par les militaires". "Cela a entraîné la séparation de familles, laissant les femmes isolées [...] et exacerbant le risque de mauvais traitements, de faim et même de famine", poursuit le texte.

Amnesty International demande à ce que le gouvernement nigérian, qui a jusqu'alors "échoué" à enquêter sur les allégations de violences sexuelles perpétrées par les forces de sécurité, prenne ses responsabilités.    

Le gouvernement appelé à "concrétiser" son engagement de protection

En mai 2018, l'organisation avait déjà publié un rapport sur la situation dans les camps de déplacés au Nigeria et accusé l'armée et les milices d'autodéfense engagées à ses côtés d'avoir "séparé les femmes de leur époux" et de les avoir "enfermées dans des camps annexes isolées" pour les violer, "parfois en échange de nourriture". Ce travail s'appuie notamment sur plus de 250 entretiens dans les camps établis par l'armée dans sept villes de l’État de Borno, au nord-est du Nigeria.

Cinq d'entre elles avaient confié avoir été violées fin 2015 et début 2016 "dans le camp Hôpital de Bama, où des conditions proches de la famine sévissaient".

L'armée avait démenti ces accusations de viols et qualifié le rapport de "mensonger". Le président par intérim du Nigeria Yemi Osinbajo avait cependant mis en place en août 2017 une commission d’enquête présidentielle chargée d’examiner le respect par l’armée de ses obligations en matière de droits humains.

En mai 2018, Osai Ojigho, directrice d'Amnesty International Nigeria, avait appelé le gouvernement à "concrétiser son engagement" envers "la protection des droits des personnes déplacées dans le nord-est du Nigeria". "Les autorités nigérianes doivent enquêter - ou rendre publiques les conclusions de leurs précédentes enquêtes - sur les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité commis dans le nord-est du pays", avait-elle ajouté.

 

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