Mahana Jami dans le centre de réfugiés de Bosilegrad. Crédit : DR
Mahana Jami dans le centre de réfugiés de Bosilegrad. Crédit : DR

Mahana Jami a quitté l’Iran en novembre 2018 pour l’Europe. Handicapée, et se déplaçant en chaise roulante, Mahana âgée de 34 ans ne voulait plus rester dans un pays qui ne lui offrait aucune reconnaissance malgré ses qualités sportives. Mahana veut rejoindre l’Europe pour sortir de "l’invisibilité". Elle est actuellement bloquée dans un centre d'accueil en Serbie.

En Iran, quels problèmes avez-vous rencontré en tant que femme handicapée ?

Les contraintes qui rendent la vie difficiles pour les personnes handicapées sont nombreuses. Par exemple, mon handicap n’était pas reconnu en Iran. Je ne peux plus marcher depuis mes 2 ans, quand les médecins ont découvert que j’avais la polio.

Je vivais dans le nord-est du pays, à Torbat-e-Jam, et là-bas il n’existait aucune installation pour les personnes handicapées dans les écoles et les universités.

Faire des études en Iran était vraiment difficile. Je suis passionnée de sport et on n’avait même pas de salles adéquates pour que je puisse m’y entraîner et pratiquer un sport au niveau professionnel.

Pourquoi avez-vous quitté l’Iran ?

Pour pouvoir accomplir mes rêves. Je veux battre des records au niveau mondial, je veux que mon nom soit enregistré dans le livre Guinness des records.

J’ai pu monter les marches de la plus haute tour d’Iran malgré toutes les difficultés rencontrées [Mahana a grimpé le "Borj-e Milad", la plus grande tour Téhéran]. J’ai eu quelques médailles et j’ai participé à des comptions sportives en natation, haltérophilie, tir à l’arc etc. Mais je restais invisible.

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Je veux montrer au monde entier que les personnes handicapées aussi sont capables d’accomplir leurs rêves.

Peut-on dire que vous avez quitté l’Iran en raison du manque d’accès à des installations adaptées pour les personnes handicapées ?

Oui. Je voudrais souligner que malgré mon handicap, j’ai le droit de réaliser mes rêves. Je veux qu’on parle de moi et qu’on se souvienne de moi. Je veux marquer l’histoire et cela n’est pas possible pour femme handicapée en Iran. J’ai quitté mon pays sur une chaise roulante. J’aimerais accomplir mes rêves en Allemagne.

Je suis actuellement bloquée dans l’extrême ouest de la Serbie.

Dans le centre d'accueil serbe de Bosilegrad. Crédit : DRComment vous avez quitté l’Iran ?

J’ai quitté l’Iran en prenant un bus pour la Turquie. Puis j’ai pris l’avion et je suis arrivée en Serbie [jusqu’à l’automne 2018, la Serbie exemptait les ressortissants iraniens de visa, ndlr].

Actuellement je suis dans le centre de réfugiés à Bosilegrad, à l’extrême est de la Serbie et près de la frontière avec la Bulgarie.

Depuis quand vous-êtes dans ce camp de réfugiés et dans quelles conditions vous y vivez ?

Je suis arrivée au centre de Bosilegrad il y a cinq mois. Le centre est situé dans un petit village. Autour de nous, il n’y a que des montagnes. Nous n’avons pas de problèmes particuliers et nous avons accès à l’eau potable et à la nourriture.

Combien d’immigrés vivent dans le camp de Bosilegrad et d’où viennent-ils ?

Nous sommes 60 réfugiés dans le camp de Bosilegrad. Il y a à peu près 20 enfants et 40 adultes. La plupart vient d’Iran et d’Afghanistan.

Quelle est la prochaine étape pour vous et quelles sont vos difficultés ?

Les réfugiés quittent la Serbie à pieds puis ils se débrouillent en prenant le train ou en voiture. Or, à cause de mon handicap, ces trois possibilités sont impossibles pour moi. Pour traverser la frontière, il faut 15 heures de marche à travers les montages et les forêts. Je ne veux pas rester et périr dans ce village isolé.

J’espère que la chancelière allemande entendra ma voix. J’ai 34 ans et je veux vivre comme un être humain et réaliser mes rêves. J’ai beaucoup de volonté et de courage et je suis sûre de pouvoir réaliser mes rêves en Allemagne. Je ne veux pas mourir ici, je veux gravir les plus hautes tours du monde.

 

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