REUTERS/Yannis Behrakis | Un navire des garde-côtes libyens, lors de la confrontation avec le bateau de l'ONG Proactiva Open Arms, au large de la Libye le 15 août 2017.
REUTERS/Yannis Behrakis | Un navire des garde-côtes libyens, lors de la confrontation avec le bateau de l'ONG Proactiva Open Arms, au large de la Libye le 15 août 2017.

Plusieurs ONG s'insurgent contre la livraison par Paris de six bateaux à la marine libyenne pour lutter contre l'immigration clandestine. Les défenseurs de la cause des migrants dénoncent l'hypocrisie de la France qui, selon eux, sous-traite à la Libye le contrôle des frontières et repousse loin du sol européen les candidats à l'asile.

Amnesty International France, Human Right Watch (HRW), Médecins sans frontières (MSF)… De nombreuses ONG internationales ont dénoncé la livraison prochaine de six bateaux à la marine libyenne pour lutter contre l'immigration clandestine.

"Nous avons écrit à la ministre des Armées et au ministre des Affaires étrangères pour les alerter sur les risques de cette coopération", a précisé Amnesty international, pour qui "la France engage sa responsabilité". "Comment le gouvernement français a-t-il évalué ou va-t-il évaluer le risque que la livraison des six navires et les formations prévues puissent contribuer à la violation des droits fondamentaux des personnes réfugiées et migrantes interceptées en mer par les autorités libyennes?", interroge la lettre dont l'AFP a eu connaissance.

>> À relire sur InfoMigrants : Une vidéo blâme les garde-côtes libyens en mer : "Vous êtes en train de tuer une personne !"

Six bateaux semi-rigides équipés de radar et de GPS

Human Right Watch a également publié un communiqué pour exprimer son mécontentement. "Plutôt que nourrir un cycle infernal d’abus, [la France] devrait se mobiliser avec d’autres États membres de l’UE (Union européenne) pour maintenir les opérations de sauvetage en mer et permettre le désembarquement dans des ports sûrs". MSF parle, de son côté, de "scandale" et s’inquiète que Paris puisse donner "les moyens logistique à la Libye de ramener [les migrants] dans cet enfer".

La ministre des Armées, Florence Parly, a annoncé en février la livraison à la Libye de six navires dans le cadre du soutien français "aux efforts de la marine libyenne pour lutter contre l'immigration clandestine".

L’initiative de la France est inédite. Jusqu’à présent, seule l’Italie livrait des équipements aux garde-côtes libyens. Les bateaux livrés à Tripoli sont des embarcations pneumatiques semi-rigides de type militaire dites "Rafale", longues de douze mètres. Elles seront équipées de radar et de GPS. Elles ne permettront pas aux Libyens d’y placer des armes lourdes (type canons).

>> À relire : Migrants torturés en Libye : les images insoutenables du reportage de Channel4

Ces bateaux devraient permettre d’intercepter plus facilement les migrants interceptés en mer.

"Sous-traiter" le contrôle de l'émigration

Pour les ONG qui viennent en aide aux migrants, ces livraisons participent moins à la lutte contre les traites d’êtres humains qu’à soutenir une politique de "sous-traitance du contrôle de l’émigration" décidée par l’Union européenne en coopération avec Tripoli. Le but : contenir l’afflux de migrants sur le sol libyen.

Human Right Watch dénonce ainsi "l’hypocrisie" de Paris. "En novembre 2017, Emmanuel Macron avait en effet fermement condamné les abus contre les migrants en Libye alors révélés par CNN […] Fournir un soutien matériel aux garde-côtes libyens en toute connaissance de cause implique la responsabilité de la France dans de graves violations des droits humains."

En août dernier, le Parlement italien avait déjà voté un décret prévoyant de livrer dix zodiaques patrouilleurs et deux navires aux garde-côtes libyens pour lutter contre l'immigration illégale en Méditerranée. Selon Le Monde, la Libye disposerait déjà de huit vedettes rapides "grises" de seize mètres.

>> À relire sur InfoMigrants : en Libye, dans le centre de Zintan, des migrants sont morts de faim

La garde-côte libyenne est sous le contrôle du gouvernement d’union nationale (GNA), reconnu par la communauté internationale, que dirige Fayez el-Sarraj depuis mars 2016.

Un accord a été signé en février 2017 entre l’Italie et la Libye afin de "juguler l’afflux de migrants illégaux". Accord appuyé par les dirigeants de l’UE lors du sommet de Malte qui s’est tenu le même mois. Depuis, le gouvernement italien – avec l’aval de l'Union européenne (UE) - ont fourni aux garde-côtes libyens des bateaux, des formations et de l'aide pour patrouiller en Méditerranée et intercepter les migrants qui tentent de rejoindre l’Europe.

 

Et aussi