La carcasse du bus scolaire brûlé le 20 mars par un homme en signe de protestation contre les migrants morts en Méditerranée. Crédit : Reuters
La carcasse du bus scolaire brûlé le 20 mars par un homme en signe de protestation contre les migrants morts en Méditerranée. Crédit : Reuters

Plus de cinquante enfants ont été pris en otage mercredi par un Italien d’origine sénégalaise qui a mis le feu à leur bus scolaire pour, a-t-il dit, leur faire subir le même sort qu’aux migrants morts en Méditerranée. Les enfants ont été sauvés de justesse par les carabiniers italiens.

"Personne ne sortira d'ici vivant" : un chauffeur a pris en otage 51 collégiens lors d’une sortie scolaire et a incendié leur bus, mercredi 20 mars, à Créma près de Milan en Italie. Selon les témoignages des enfants, l’homme de 47 ans voulait leur faire subir le même sort que les milliers de migrants morts en Méditerranée ces dernières années.

Armé de bidons d'essence et d'un briquet, le chauffeur a d’abord confisqué les téléphones portables des jeunes puis a ordonné aux accompagnateurs de les ligoter avec du fil électrique.

"Il nous menaçait, disait que si nous bougions il verserait l'essence et allumerait le feu. Il n'arrêtait pas de dire qu'il y avait tant de personnes en Afrique qui continuaient à mourir et que c'était la faute de [Luigi] Di Maio et [Matteo] Salvini", a raconté une jeune fille à la presse locale.

Selon cette dernière, le chauffeur a mis à exécution ses menaces au bout de plusieurs dizaines de minutes en répandant l’essence dans le bus, puis en brandissant une arme à feu et un couteau. La prise d’otage a duré une quarantaine de minutes au total. "Puis les carabiniers sont arrivés et nous ont sauvés", a poursuivi la jeune fille.

“C'est un miracle, cela aurait pu être un carnage”

C’est un jeune passager de 13 ans qui a donné l’alerte à 11h50 (heure locale) en récupérant discrètement un des téléphones portables tombés à terre. "Je me suis un peu fait mal aux mains pour le récupérer et j'ai pu prévenir les carabiniers et la police. Nous étions tous effrayés", a-t-il raconté, très calmement, devant une caméra.

"Les enfants frappaient sur les vitres, appelaient à l'aide", a décrit Roberto Manucci, l'un des six carabiniers qui sont intervenus.

Le chauffeur a forcé un premier barrage de deux véhicules de police, avant d'être bloqué contre un parapet par trois autres voitures. Faisant face à deux carabiniers, l'homme a ensuite mis le feu au bus, tandis que d'autres carabiniers brisaient des vitres à l'arrière du bus pour faire descendre les enfants, hurlant et pleurant. Une douzaine d’entre eux et deux des adultes ont été conduits à l'hôpital après avoir été intoxiqués par la fumée.

"C'est un miracle, cela aurait pu être un carnage. Les carabiniers ont été exceptionnels pour bloquer le bus et faire sortir tous les enfants", a déclaré à la presse le procureur de Milan (nord), Francesco Greco. Le chauffeur a été interpellé et fait face à plusieurs chefs d’accusation dont "prise d'otage, massacre et incendie" avec la circonstance aggravante de "terrorisme".

"J'ai perdu trois enfants en mer", a dit le chauffeur

Originaire du Sénégal, le chauffeur, Ousseynou Sy, a la nationalité italienne depuis 2004. Lors de l’interrogatoire, son avocat a expliqué qu'il "voulait faire un geste éclatant pour attirer l'attention sur les conséquences des politiques migratoires". Politiques dont il s’estime lui-même victime. "J'ai perdu trois enfants en mer", a affirmé l'homme, selon le témoignage d'un adolescent diffusé sur les sites internet des médias italiens. Divorcé de son épouse italienne, il a aussi deux enfants adolescents.

Le chef de la cellule anti-terrorisme de Milan, Alberto Nobili a indiqué en conférence de presse que Ousseynou Sy "a agi comme un loup solitaire" sans liens avec l'islamisme radical. Ses actes étaient toutefois "prémédités" depuis plusieurs jours, "il voulait que le monde entier puisse parler de son histoire", a-t-il ajouté. L'homme a posté sur Youtube une vidéo adressée à des proches à Créma et au Sénégal afin d’expliquer son action et "dire Afrique soulève-toi".

Le ministère de l'Intérieur, de son côté, a évoqué dans un communiqué des antécédents de conduite en état d'ivresse et d'agression sexuelle sur mineur dont fait l’objet Ousseynou Sy. Le gouvernement "est à l'oeuvre pour vérifier la possibilité de retirer la citoyenneté italienne au Sénégalais", ont ajouté des sources ministérielles, en brandissant le décret-loi du ministre de l'Intérieur Matteo Salvini sur la sécurité et l'immigration adopté à l'automne dernier.

 

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