L'école primaire de Vathi, à Samos, en Grèce Crédit : left.gr/ANSA
L'école primaire de Vathi, à Samos, en Grèce Crédit : left.gr/ANSA

La grogne monte sur l'île grecque de Samos. Ce mois-ci, des parents d'élèves grecs ont refusé de mettre leurs enfants à l'école primaire en raison de la présence d'enfants migrants. Athènes dénonce un "climat de racisme".

Lundi, 70 parents ont annoncé qu’ils refusaient pour la deuxième semaine consécutive de mettre leurs enfants à l’école primaire de Vathi, un village de Samos, en raison de la présence d'enfants migrants résidant sur cette île. Les parents mécontents demandent l’ouverture d’une salle de classe spécifique et séparées pour eux. Selon ce groupe de parents, les enfants migrants "représentent un risque de santé publique".

Le ministère grec de la Politique migratoire a fustigé mercredi 20 mars cette initiative et dénoncé "un climat de xénophobie et de racisme". "Je suis désespéré [...] Il s'agit d'un comportement erroné", a écrit Dimitris Vitsas dans une lettre adressée aux associations de parents d'élèves de Samos. "Certains tentent de semer un climat de xénophobie et de racisme sur l'île [...] Il faut isoler la peur et l'insécurité et montrer à nos enfants qu'on peut vivre sans discriminations et exclusions".

Mercredi 20 mars, les parents protestataires ont également demandé à tous les parents d’élève de l’île grecque de ne pas mettre leurs enfants à l’école. Les autorités grecques ont mis en garde les participants à ce boycott sur le fait que l’école est obligatoire pour les enfants.

Familles de migrants agressées

Samos est l'une des cinq îles grecques portes d'entrée en Europe des migrants et réfugiés en provenance des côtes proches de la Turquie. Environ 15 000 personnes sont bloquées sur ces îles depuis plusieurs mois. Certains y vivent depuis trois ans dans des camps surpeuplés et misérables.

Le camp de Samos est le plus surpeuplé : 4 000 personnes y vivent alors que sa capacité théorique n'est que pour 648, selon des chiffres officiels. InfoMigrants s’y était rendu au mois de décembre. Les conditions de vie étaient terribles : le camp officiel s’est élargi hors des limites officielles. Des tentes, posées à même la terre boueuse, jouxtent des amoncellements de détritus. 

À l'occasion de l'anniversaire ce mois-ci des trois ans de la signature de l'accord UE-Turquie pour stopper le flux des réfugiés vers l'Europe, de nombreuses ONG de défense des droits de l'homme ont rappelé "l'échec" de la politique migratoire européenne ayant conduit à la création des "îles-prison". L’agence Oxfam a dénoncé une situation insoutenable de milliers de réfugiés et migrants de Samos.

90 000 demandes d'asile d'ici la fin de l'année

Dimitri Vitsas a, à plusieurs reprises, promis de transférer des familles ou personnes vulnérables dans des camps en Grèce continentale.

Il a dénoncé dans la même lettre d'autres incidents racistes survenus ces derniers mois en Grèce continentale. La semaine dernière, des habitants de Vilia, un village à 50 km d'Athènes, s'en sont pris à des familles de migrants en leur jetant des pierres et en les insultant.

Un peu plus tôt ce mois-ci, Dimitris Vitsas a également déclaré que le nombre de réfugiés et de migrants arrivant sur les îles de la mer Égée avait considérablement augmenté. Au total, 1 485 nouveaux arrivants ont été enregistrés en février, contre 1 139 pour la même période l'an dernier. Dimitri Vitsas a déclaré que Samos est "sous une pression particulière". Le nombre de demandeurs d'asile en Grèce devrait dépasser 90 000 personnes d'ici à fin 2019, contre environ 75 000 à l'heure actuelle.

Le camp de Samos, en mars 2019. Crédit : Médecins sans frontières

 

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