Des millions de vies dépendent des transferts d'argent | Photo: Picture-alliance/dpa/U.Baumgarten
Des millions de vies dépendent des transferts d'argent | Photo: Picture-alliance/dpa/U.Baumgarten

Entre prestataires agrées, système hawala et idées reçues, Infomigrants fait le point sur les options et les risques des transferts d'argent.

Huit années de guerre ont brisé le système bancaire en Syrie. De plus, les sanctions internationales ont rendu le transfert d'argent vers le pays quasiment impossible.

Pendant presque vingt ans, Aref, qui vit en Allemagne, a envoyé de l'argent à sa famille restée en Syrie. D'abord à ses parents quand ils étaient encore en vie. Maintenant à son frère et sa famille qui vivent dans un camp à Afrin, près de la frontière avec la Turquie. "Il faut bien que quelqu'un les aide", dit Aref.

Comme beaucoup de Syriens qui ont quitté leur pays mais aussi des millions d'immigrés à travers le monde, Aref se sert du système de transfert informel et illégal appelé "hawala". Il donne l'argent à transférer ainsi qu'une commission d'environ cinq pour cent à un premier "courtier hawala" en Allemagne. Celui-ci contacte un autre courtier en Syrie, qui remet cette somme d'argent à la famille d'Aref.

Selon Aref, ce système est simple et digne de foi, puisque les opérateurs finiraient rapidement par mettre la clé sous la porte s'ils ne respectent pas leurs engagements. Comme il s'agit actuellement du seul moyen de faire entrer de l'argent en Syrie, des organisations d'aide et des ONG s'en servent également.

La Syrie est cependant un cas très spécial. Pour la plupart des pays, il y a d'autres moyens de transferts, assure Leon Isaacs, mondialement reconnu pour son expertise dans l'industrie du transfert d'argent et l'un des dirigeants de Developing Markets Associates, une entreprise britannique spécialisée dans la mobilisation de fonds dans les pays en développement. Il est ainsi possible d'envoyer de l'argent légalement même vers l'Afghanistan, malgré les embargos et les sanctions financières internationales.

En Afrique, explique Leon Isaacs, l'envoi d'argent est aisé vers la plupart des pays, avec parfois plusieurs options allant de services à la réputation internationale comme Western Union, MoneyGram ou encore Ria, en passant par des prestataires sur internet devenus très populaires et qui prennent de plus faibles commissions comme WorldRemit ou Azimo.

Voici cinq choses à savoir sur le tranfert d'argent :

# 1 Certains pays dépendent entièrement des transferts d'argent

Au Cap Vert, en Gambie ou encore au Lesotho, le transfert d'argent de la diaspora représente jusqu'à 20% du Produit intérieur brut (PIB). Au Liberia, les immigrés contribuent à plus d'un cinquième du PIB

Aussi, selon Leon Isaacs, en moyenne trois quarts de l'argent reçu par les familles est directement destine à la consommation quotidienne.

De l'autre côté, ceux qui envoient de l'argent y consacrent en moyenne 15% de ce qu'ils gagnent dans leur pays d'accueil, la majorité de leurs revenus étant destinés aux frais de logement et de nourriture.

"La vie est très rude, particulièrement au début quand ils s'installent, explique M. Isaacs. Quand vous prenez les histoires au cas par car, vous avez des gens qui mènent une existence difficile en Europe pour réussir à envoyer de l'argent à la maison. Alors ces personnes vivent dans des logements partagés à plusieurs dans la même chambre avec très de peu d'intimité."

Le rêve pour la plupart, affirme Leon Isaacs est de gagner suffisamment d'argent pour rentrer dans leurs pays et de s'être tellement démarqués qu'ils se sont élevés et ont créé des opportunités dans leurs pays d'origine".

# 2 Vérifier qu'un prestataire est agréé

Certes, les prestataires de transfert d'argent peuvent pratiquer des niveaux de commissions élevés. Globalement, ils prennent environ 7% sur un transfert de 200 dollars. Dans le même temps, ces organismes ne présentent quasiment aucun risque. Avant d'envoyer des fonds, vous savez exactement ce que cela vous coûtera, taux de change compris.  Aussi, votre argent est censé être protégé par l'organisation que vous sollicitez. Le risque que celui-ci se perde en chemin est très faible.

Reste qu'il peut s'avérer compliqué de savoir si un prestataire est agrée ou non. Chaque pays de l'Union européenne dispose de son propre registre qui sont néanmoins rarement consultés. "Quand nous parlons avec des migrants qui envoient de l'argent, je n'ai pas le souvenir d'avoir rencontré quelqu'un qui a vérifié qu'un prestataire était agrée", raconte Leon Isaacs.

A la place d'un registre, c'est le bouche à oreille qui prévaut quant à savoir si un opérateur comporte des risques ou non.

Dans le doute, il est par exemple possible de vérifier si un prestataire est légal en France sur cette page de la Banque de France.

Des liens vers les registres de chaque pays de l'UE se trouvent sur le site de l'Autorité bancaire européenne.

# 3 Eviter l'envoi de sommes trop importantes

Une crainte concerne la confidentialité d'un transfert d'argent. Beaucoup de migrants ont peur que leurs données ne soient transmises par le prestataire de paiement aux autorités et aux services d'immigration. Mais d'après l'expert Leon Issacs, ce risque est très faible en Europe où des lois de protection de la vie privée. Seules les activités illégales et les suspicions de blanchiment d'argent sont reportées.

# 4 Les transferts ne sont pas taxés

S'il faut déclarer ses transferts aux douanes à partir d'un certain montant comme en France, il n'y a pas d'implications fiscales lorsque l'on envoie de l'argent, nous explique M. Isaacs. Des pays ont tenté d'imposer des taxes sur les transferts, dont l'Italie qui tente de mettre en place une taxe de 1,5% sur les virements en dehors de l'Union européenne, mais pour le moment il n'existe aucun dispositif de cette nature.

 # 5 Le système Hawala doit être la dernière des options

Le système Hawala est illégal. Cependant, selon Leon Isaacs, les migrants qui s'en servent ne commettent pas de délit à moins que les fonds envoyés proviennent d'activités illégales. Ce sont les "courtiers hawala" qui sont hors la loi et s'exposent à de lourdes amendes, voire des peines de prison.

Cela arrive rarement, d'après Leon Isaacs, parce qu'il s'agit souvent de réseaux familiaux que les autorités peinent à contrôler. Et si l'une des parties est arrêtée, un système alternatif se met rapidement en place.

Selon l'expert, il faut éviter hawala avant tout à cause du manque de garanties et de sécurité. En Syrie, où il n'y a pas d'autres options, les courtiers hawala sont bien connus et la pression de la communauté offre une certaine protection contre le vol. Partout ailleurs, l'avis de notre expert est clair : même s'il faut payer un peu plus chez un prestataire agrée, ne prenez pas le risque du système hawala.

 


 

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