Image d'archive de migrants devant le centre Al Hamdi de Médenine, en octobre 2018. Crédit : InfoMigrants
Image d'archive de migrants devant le centre Al Hamdi de Médenine, en octobre 2018. Crédit : InfoMigrants

Surpopulation, manque d’accès aux soins, absence d’hygiène : le centre pour migrants de Médenine, en Tunisie, à la sinistre réputation, va fermer ses portes mi-avril. Le relogement des occupants reste incertain. L'OIM dit travailler avec ses partenaires pour ouvrir une nouvelle structure adéquate "dans les plus bref délais".

"Les conditions de vie de ce centre sont inhumaines, il sera donc fermé immédiatement. Nous devons trouver des solutions pour permettre aux migrants de vivre dans la dignité", a déclaré le ministre chargé des relations avec les instances constitutionnelles, la société civile et les droits de l’Homme, Fadhel Mahfoudh, lors de sa visite au centre pour migrants Al Hamdi de Médenine, non loin de la frontière libyenne, à l'est de la Tunisie, le 21 mars.

Ce centre, géré par le Croissant-rouge tunisien avec la coopération de l’Organisation internationale des migrations (OIM), est l’un des seuls du pays. C’est là que les migrants interceptés en mer par les autorités, ainsi que ceux fuyant la Libye voisine, sont envoyés.

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Impasse administrative

Cette décision intervient quelques jours après la tentative de suicide d’un Érythréen de 15 ans, hébergé dans le centre Al Hamdi. "Il avait obtenu le statut de réfugié et attendait depuis des semaines une relocalisation dans un pays tiers. Ses conditions de vie à Médenine et l’absence de perspective l’ont poussé à s’ouvrir les veines", explique à InfoMigrants Romdhane Ben Amor du Forum tunisien des droits économiques et sociaux (FTDES).

En Tunisie, les questions d’asile et de protection sont déléguées au Haut-commissariat pour les réfugiés de l’ONU (HCR). Bien que signataire de la Convention de Genève de 1951 relative aux réfugiés, la Tunisie ne s’est pas dotée d’un cadre légal national nécessaire à son application. Les personnes reconnues comme réfugié par le HCR disposent ainsi de deux possibilités : la relocalisation dans un pays tiers – qui se fait au compte-goutte-, ou l’intégration en Tunisie avec le support du HCR et de l’OIM qui financent notamment des formations et des cours de langue.

Cette impasse administrative est une problématique récurrente dans le foyer de Médenine. Beaucoup de migrants ont été déboutés de leur statut de réfugié, d’autres sont là, sans aucun papier ni procédure de régularisation en cours. D’autres encore, comme ce jeune Érythréen qui a tenté de mettre fin à ses jours, attendent leur relocalisation depuis des mois. Autant de situations qui jouent sur les nerfs des résidents et créent des tensions.

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Dans le foyer, les migrants disent ne pas avoir de places suffisantes. "Certains dorment dans les couloirs". Crédit : InfoMigrantsMais ce n’est pas le seul problème qui secoue ce foyer. Plusieurs ONG et organisations internationales alertent depuis des mois sur les conditions de vie des migrants qui vivent dans ce centre.

"Le dépassement des capacités d’accueil du foyer d’urgence entraîne des difficultés conséquentes en termes d’encadrement et d’accompagnement", écrit l’OIM dans un communiqué daté du 22 mars. Le centre héberge actuellement près de 210 personnes, dont 180 demandeurs d’asile en attente de réponse de la part du HCR et 30 migrants dits vulnérables, pour une capacité maximale de 80.

"Les gens dorment par terre, dans les couloirs, sur les balcons", racontait en octobre dernier à InfoMigrants Simon*, un migrant camerounais hébergé dans le centre.

Absence d’hygiène et manque de nourriture

Ce dernier se plaignait également du manque d’hygiène, assurant notamment que "les couvertures [n'étaient] jamais changées, elles traîn[ai]ent dans des placards sales".

Dans son dernier rapport publié en février, FTDES signale effectivement que "le respect les normes d’hygiène et les conditions de santé montrent des défaillances importantes" : nombre insuffisant de douches et de toilettes, manque d’intimité, insalubrité de la cuisine… sont des griefs qui reviennent régulièrement.

De plus, les migrants se plaignent du manque de nourriture. "Nous n’arrêtons pas de le répéter : une boite de sardine, un paquet de riz et trois bouteilles d’eau pour la semaine, c’est insuffisant !", déplorait à InfoMigrants en octobre Landry, un autre migrant camerounais logé à Médenine. Même son de cloche du côté du FTDES qui signale dans son rapport que "cette situation a amené le constat de vol de nourriture perturbant la sécurité et la sérénité des lieux".

Les migrants se plaignent de la saleté du centre, notamment les pièces communes comme la cuisine. Crédit : InfoMigrantsFace à ces nombreuses critiques, les autorités ont donc décidé de fermer le centre au plus tard mi-avril. Que vont devenir les migrants hébergés dans le foyer de Médenine ? Pour l’heure, la situation semble floue. L’OIM dit travailler avec ses partenaires, le HCR et le Croissant-rouge tunisien, pour ouvrir "dans les plus brefs délais, un dispositif adéquat et une réponse plus efficace". De son côté, le Croissant-rouge tunisien a déclaré dans un communiqué qu’une centaine de personnes du foyer Al Hamdi avait déjà été replacé dans des maisons de la ville. D’autres sources encore pensent que certains migrants vont être relocalisés dans un autre centre du Croissant-rouge situé à Zarzis, ville côtière dans le centre du pays.

Selon l’OIM, la Tunisie compte sur son sol environ 60 000 migrants, réfugiés et demandeurs d’asile.

*Le prénom a été modifié

 

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