Suite au détournement d'un pétrolier, cinq migrants ont été menottés et emmenés dans un fourgon de police. Crédit : Reuters
Suite au détournement d'un pétrolier, cinq migrants ont été menottés et emmenés dans un fourgon de police. Crédit : Reuters

Après le détournement cette semaine d’un pétrolier en mer Méditerranée par 108 migrants qui fuyaient la Libye, cinq d’entre eux, considérés comme des meneurs, ont été arrêtés jeudi à leur arrivée à Malte. Les autres ont été pris en charge par les autorités.

Cinq migrants soupçonnés d’être des meneurs lors du détournement d’un pétrolier en Méditerranée ont été arrêtés jeudi 28 mars.

Mardi, le navire Elhiblu a secouru 108 migrants au large de la Libye – dont 19 femmes et 12 enfants – après avoir reçu un signal de détresse émis par un avion militaire européen. Mais alors que le pétrolier faisait route vers la Libye pour débarquer les naufragés, il a subitement fait demi-tour et mis cap au nord.

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C’est le ministre italien de l’Intérieur, Matteo Salvini, qui a donné l’alerte mercredi alors que le navire se dirigeait vers Malte. "Ce ne sont pas des naufragés, mais des pirates", a-t-il alors déclaré, ajoutant que le navire ne serait pas autorisé à pénétrer dans les eaux italiennes. Les migrants ont en effet pris le contrôle du navire, ils refusaient de rentrer en Libye. 

"Nous allons maintenant appliquer le droit international"

La marine maltaise a réussi à entrer en contact avec le capitaine quand le navire était à 30 milles des côtes. Un patrouilleur a ensuite empêché le pétrolier de pénétrer dans les eaux territoriales maltaises et un commando des forces spéciales, soutenu par plusieurs navires de la marine et un hélicoptère, a été dépêché à bord "pour rendre le contrôle du bateau".

Escorté par la marine maltaise, le navire est arrivé jeudi matin dans le port de La Valette, où les migrants sont restés plusieurs heures à bord, gardés par des hommes en armes.

Que va-t-il se passer pour les autres migrants du navire détourné ? Les hommes, les femmes et les enfants vont être pris en charge par les autorités.

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"Nous ne nous dérobons pas à notre responsabilité malgré notre petite taille. Nous allons maintenant appliquer le droit international", a commenté Joseph Muscat, Premier ministre maltais.

De nombreuses voix se sont élevées ces derniers jours pour prendre la défense des migrants, notamment l’ONG allemande Sea-Eye. Son navire humanitaire Aylan Kurdi était mardi dans la zone de secours au large de la Libye quand l’équipage a intercepté les échanges radio entre l’avion européen et le capitaine du pétrolier, avant et après les secours.

"Le capitaine a demandé de l’aide. Il a déclaré sans équivoque à la radio que les migrants étaient bouleversés et ne voulaient pas être reconduits en Libye", a expliqué Sea-Eye dans un communiqué.

"L’UE devra assumer la responsabilité de cette nouvelle escalade"

Depuis des années, les navires commerciaux circulant au large de la Libye sont régulièrement réquisitionnés pour secourir des migrants. Mais depuis que Tripoli a pris le relais de Rome pour coordonner ces opérations de sauvetage, les navires reçoivent l’ordre de reconduire les migrants en Libye.

À plusieurs reprises ces derniers mois, des migrants raccompagnés en Libye ont refusé de descendre des navires commerciaux qui les avaient secourus. Les autorités libyennes ont employé la force.

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La semaine dernière, le sous-secrétaire général aux droits de l’Homme de l’ONU, Andrew Gilmour, a évoqué les tortures et viols subis par les migrants détenus en Libye et appelé l’Union européenne (UE) à revoir son soutien aux garde-côtes libyens.

L’UE a cependant annoncé mercredi qu’elle suspendait sa mission Sophia, chargée de lutter contre les passeurs et de secourir des migrants en détresse en Méditerranée. La mission européenne se limite désormais à des patrouilles aériennes et à la formation des garde-côtes libyens.

"Les personnes secourues reviennent de l’enfer et se trouvent face à des équipages de navires commerciaux pas préparés et complètement dépassés, qui doivent leur expliquer qu’ils les ramènent exactement à l’endroit où ils viennent d’essayer d’échapper au péril de leur vie", a insisté Gorden Isler, porte-parole de Sea-Eye. "L’UE devra assumer la responsabilité de cette nouvelle escalade", a-t-il conclu.

 

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