Un groupe de femmes déplacées dans la région de Borno au Nigéria. Crédit : OIM
Un groupe de femmes déplacées dans la région de Borno au Nigéria. Crédit : OIM

Gangréné par les violences de groupes armés et par les changements climatiques, le bassin du lac Tchad dénombre, ces dernières années, près de 4,5 millions de déplacés originaires du Nigéria, du Niger, du Cameroun et du Tchad. Ils sont désormais très nombreux à rentrer chez eux malgré des perspectives d’avenir sombres.

Ils sont Nigérians, Nigériens, Camerounais ou Tchadiens : quelque 4,2 millions de personnes originaires de la région du bassin du lac Tchad ont été forcées de quitter leur habitation, leur village, leur région ou parfois même leur pays à cause de la crise qui sévit depuis plusieurs années, affirme l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) dans un rapport dévoilé fin mars 2019.

En date de décembre 2018, environ 2,5 millions de personnes restaient déplacées internes, plus de 160 000 étaient réfugiées et 1,8 million étaient rentrées chez elles ou à proximité.

Infographie OIM - Lac Tchad 1À l’origine de l’instabilité de la région, les violences perpétrées par des groupes armés non-étatiques tel que Boko Haram ou l’État islamique ont débuté au Nigéria en 2009, tout particulièrement dans la région de Borno dans le nord-est du pays. Elles se sont ensuite étendues dès 2014 à travers toute la région touchant ainsi les pays frontaliers que sont le Cameroun, le Niger et le Tchad.

Logiquement, le pays le plus touché par les déplacements de populations est, de loin, le Nigéria avec 2 millions de déplacés et 1,6 million de “retournés”. Il est suivi par le Cameroun (244 000 déplacés et 100 000 retournés) puis par le Tchad (122 000 déplacés et 26 000 retournés) et le Niger (104 000 déplacés et 120 000 retournés).

Groupes armés, affrontements communautaires et changements climatiques

Selon l’OIM, outre la pression des groupes armés, des affrontements communautaires de plus en plus violents ainsi que les changements climatiques affectant la région ont amplifié les déplacements de population ces dernières années. “Les conflits au sujet des ressources naturelles se sont intensifiés à cause du manque d’accès à l’eau, la raréfaction des terres arables, la détérioration de la santé des troupeaux ou encore le dérèglement des périodes de précipitations”, explique le rapport. “Cela a conduit à l’émergence de stigmatisation et de rivalités pour le contrôle des activités économiques de la région et l’accession aux terres”.

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Avec le temps, les conséquences du conflit ont sensiblement affecté les relations entre les déplacés internes et leurs communautés d’accueil, créant là aussi de nouvelles tensions. “Les gens se sont mis à penser qu’à cause de l’arrivée des déplacés internes chez eux, les ressources s’étaient taries, plaçant les familles et communautés d’accueil dans une position très vulnérable”, poursuit le rapport.

Il faut dire qu’avant le conflit et la crise humanitaire qui en a découlé, le commerce dans la région était “florissant”. “Produits issus de l’agriculture, poissons et autres commodités : le bassin du lac Tchad incarnait un véritable hub commercial aux nombreuses opportunités économiques qui profitaient à ses habitants”, souligne le rapport. Par conséquent, les frontières “n’étaient pas perçues comme des barrières mais plutôt comme des points d’échange”. L'effondrement de cet équilibre a ainsi fait l’effet d’une douche froide pour beaucoup.

Près de 60% des populations de déplacés sont des mineurs

Reste qu’une écrasante majorité de déplacés internes (94%) sont partis à cause du conflit avec les groupes armés à travers les quatre pays du bassin. Environ 5% ont été déplacés à cause d’affrontements communautaires et 1% pour des raisons purement liées au changement climatique.

Infographie OIM - Lac Tchad 2Les plus jeunes sont en première ligne : en moyenne les familles ont au moins trois enfants. Le rapport indique que près de 60% des populations de déplacés sont des mineurs.

Aujourd’hui, plus de quatre ans après le pic de violences dans la région, les déplacés et réfugiés sont très nombreux à rentrer chez eux. Ils ont été estimés à plus de 1,8 million, soit une augmentation de 80% entre 2016 et 2019. Cependant, l’insécurité persistante entrave les efforts de reconstruction et la résilience des retournés dont l’avenir s'avère sombre : “les conditions sur le terrain restent désastreuses et la menace de violences généralisées empêche les ONG de fournir une assistance humanitaire et d’envisager des besoins plus vastes en matière de développement”, conclut le rapport.

 

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