Des migrants rechargent leur téléphone et consultent internet à la bibliothèque de la Cité des sciences. Crédit : Anne-Diandra Louarn / InfoMigrants
Des migrants rechargent leur téléphone et consultent internet à la bibliothèque de la Cité des sciences. Crédit : Anne-Diandra Louarn / InfoMigrants

Que ce soit pour se réchauffer, recharger un téléphone ou surfer sur internet, de nombreux migrants ont investi ces dernières années la bibliothèque de la Cité des sciences et de l’industrie à Paris. Des cours de français ou d’informatique leur sont même proposés gratuitement. Reportage.

Charlie est un habitué de la Cité des sciences et de l’industrie. Le jeune Ivoirien se balade les yeux fermés dans le dédale des couloirs colorés de cette grande bâtisse située dans le parc de la Villette dans le 19e arrondissement de Paris.

De temps en temps, il salue un agent de sécurité qui lui est familier. Mais son passe-temps favori reste d’observer les badauds : “J’arrive assez tôt le matin. Je retrouve mes amis, on s’assoit ensemble, on regarde ce qu’il se passe, les vitrines, les commerçants, les visiteurs, tous ces enfants qui rient. Je vois des trucs que je n’avais jamais vu dans ma vie !”, s’exclame-t-il en pointant du doigt une imposante cabine en verre de simulation de saut en parachute, une attraction qui se trouve dans le même bâtiment.

Comme Charlie, des dizaines de migrants se rendent chaque jour à la Cité des sciences, dont l’accès est gratuit. Les premiers arrivent dès l’ouverture à 10h : direction le sous-sol où se trouve l’entrée de la bibliothèque de l’établissement. Il leur faut patienter jusqu’à midi pour entrer. Quand enfin les portes s’ouvrent, les migrants se dispersent en silence, rejoignant leur petit coin fétiche, un ordinateur ou l’une des nombreuses tables avec des prises à disposition pour recharger leur smartphone.

Des migrants attendent louverture de la bibliothque dans le hall de la Cit des sciences Crdit  Anne-Diandra Louarn “À la bibliothèque je peux me détendre, ça m’évite de broyer du noir”

“Moi je viens surtout ici pour me réchauffer, m’abriter de la pluie et recharger mon téléphone. Cela nous donne aussi un endroit où aller lorsque le centre du Secours Catholique qui est juste à côté est fermé. Ici c’est ouvert tous les jours sauf le lundi”, explique Sam, un autre Ivoirien de la bande de copains. “C’est important d’avoir un lieu pour se retrouver. On s’entraide pour nos dossiers de demande d’asile, on se donne des idées et des bons tuyaux. Ce n’est pas facile parce qu’on est presque tous dublinés”, poursuit-il.

Charlie, lui, profite de son temps à la bibliothèque pour faire des recherches. “Je regarde beaucoup de vidéos, je m’informe sur la France et sur l’immigration. Je veux vraiment m’intégrer alors j’essaie d’en apprendre le plus possible”, confie le jeune homme de 22 ans qui rêve de poursuivre sa passion pour la mécanique en France.

Les migrants qui se rendent chaque jour  la bibliothque de la Cit des sciences sinstallent souvent  des ordinateurs pour leurs avancer sur leurs dmarches administratives Crdit  Anne-Diandra LouarnArrivé fin décembre, il doit patienter plusieurs mois afin de ne plus être sous le coup du règlement Dublin et de pouvoir déposer une demande d’asile. “À la bibliothèque je peux me détendre, ça m’évite de broyer du noir car on n’a rien à faire à part attendre”.

“On a bien conscience que les migrants ne viennent pas ici pour les livres”

En cette journée fraîche et pluvieuse, environ un visiteur de la bibliothèque sur deux est un migrant. “On est nombreux à venir, on se passe le mot entre nous. Puis le personnel est très gentil. Ils savent qu’on ne vient pas pour voler ou causer des problèmes”, affirme Sam. “Il répondent même à nos questions, ils sont souriants…”

Plus qu’un simple refuge, la bibliothèque, met en œuvre pléthore de mesures pour devenir un véritable lieu de sociabilisation pour les migrants. L’établissement offre notamment des cours de français, des ateliers de conversation et des initiations à l’informatique à visée professionnelle. Le BAAM est aussi présent sur place et dispense des cours de français au sein de la Cité des sciences le week-end.

De grands panneaux installés à l’entrée invitent également les nouveaux arrivants à participer à des activités gratuites en français, anglais, arabe ou espagnol autour de l’emploi ou encore de la santé. 

Un migrant se fait faire une carte daccs  internet gratuite Crdit  Anne-Diandra LouarnOutre le wifi gratuit, la bibliothèque propose aussi une carte gratuite d'accès à internet sur les ordinateurs de l'établissement. Très prisée par les migrants qui n'ont souvent qu'un téléphone pour accomplir et suivre leurs démarches administratives, elle permet de se connecter jusqu'à deux heures par jour ou six heures par semaine.

Selon une des bibliothécaires souhaitant rester anonyme, les cours se remplissent bien. “On a bien conscience que les migrants ne viennent pas ici pour les livres, mais on est contents de pouvoir quand même aider”, conclut-elle, espérant en revoir certains une fois que leur situation administrative leur laissera, peut-être, le loisir de s’intéresser aux milliers d’ouvrages dont regorge l’établissement.

Des dizaines de migrants patientent devant lentre de la bibliothque de la Cit des sciences qui ouvre  midi chaque jour Crdit  Anne-Diandra Louarn

L'entrée principale de la bibliothèque des sciences et de l'industrie est située au niveau -1 de la Cité des sciences et de l'industrie - 30 avenue Corentin Cariou, Paris 19.

Elle est ouverte du mardi au dimanche de 12h à 18h45 ainsi que tous les jours fériés, à l'exception des 1er mai, 25 décembre et 1er janvier.

 

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