Des travailleurs du HCR accueillent des migrants évacués du centre de détention Ain Zara, le 9 avril 2019. Crédit  : UNHCR / Noor Elshin
Des travailleurs du HCR accueillent des migrants évacués du centre de détention Ain Zara, le 9 avril 2019. Crédit : UNHCR / Noor Elshin

Alors que la région de Tripoli est en proie à de violents affrontements depuis deux semaines, des migrants sont évacués au compte goutte des centres de détention qui se trouvent au coeur des combats. Plus de 2 700 migrants sont actuellement détenus et bloqués dans des zones de combats, selon l’ONU.

"C'est une course contre la montre pour mettre les gens à l'abri" : la cheffe adjointe de la mission du HCR en Libye, Lucie Gagne, a annoncé mercredi 17 avril l’évacuation de 150 migrants qui se trouvaient dans le centre de détention Abou Selim, dans le sud de la capitale libyenne.

Dans cette zone, des combats violents opposent depuis une quinzaine de jours, les forces du Gouvernement d'union nationale (GNA), reconnu par la communauté internationale, à l'Armée nationale libyenne autoproclamée du maréchal Haftar, l'homme fort de l'est libyen, qui souhaite s'emparer de la capitale, le siège du GNA.

Déjà la semaine dernière, plus de 150 migrants avaient été évacués d’un autre centre à proximité des combats, celui d’Ain Zara. S’ajoutent donc les 150 issus d’Abou Selim incluant des femmes enceintes, des enfants et des personnes malades, selon le HCR qui précise que ces opérations d’évacuation sont conduites en coopération avec l’ONG International Medical Corps et le ministère de l’Intérieur libyen.

Des centaines de migrants laissés à Abou Selim par l’ONU

À ce jour, plus de 400 évacués se trouvent dans le centre de rassemblement et de départ du HCR situé dans le centre-ville de Tripoli, à l’écart des affrontements. Toutefois, plus de 2 700 migrants sont encore détenus et bloqués dans des zones de combats.

“Des centaines de personnes ont été laissées à Abou Selim dont des enfants et des femmes enceintes”, affirme sur Twitter la journaliste irlandaise Sally Hayden en contact avec plusieurs migrants sur place. “Les détenus entendent très distinctement les combats qui ont l’air de se rapprocher”, poursuit-elle, publiant des captures d’écran de ses échanges par texto avec les migrants détenus.

Dans un communiqué, le HCR confirme que de nombreuses personnes n’ont pu être évacuées d’Abou Selim en raison de l'intensification des affrontements. “Nous espérons reprendre les évacuations dès que les conditions sur le terrain le permettront.”

Plus au sud, dans le centre de détention de Zintan, à 170 km de Tripoli, Charles* attend “désespérément” que le HCR vienne les “libérer de l’enfer”. “À cause des combats, les gardiens libyens ont déserté le centre de détention et nous ont enfermés dans le hall. On doit être environ 700 Érythréens entassés, sans eau ni nourriture”, a-t-il confié à InfoMigrants.

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Lui aussi affirme que les combats se rapprochent, qu’il peut entendre de plus en plus de coups de feu même si son centre de détention ne se trouve pas, actuellement, dans la zone critique. “Le HCR est passé nous apporter une petite bouteille d’eau et un morceau de pain. Mais on ne sait toujours pas si on pourra partir bientôt. Des gens sont très malades, une personne est même décédée lundi”, assure-t-il.

Quelque peu à l’écart, le centre de détention de Zintan ne semble pas figurer, pour l’heure, dans les priorités du HCR qui indique que les centres les plus impactés par les affrontements sont Abou Selim, Qaser Ben Gashir, Al Sabaa et Tajoura. Mais l’agence onusienne a bien conscience que la situation est critique pour l’ensemble des migrants se trouvant dans le pays : "Il nous faut d'urgence des solutions pour les gens piégés en Libye, y compris des évacuations humanitaires pour transférer les plus vulnérables hors du pays", demande Lucie Gagne.

“Une balle est entrée chez nous et a touché mon fils”

C’est aussi ce qu’attend Robert*, un migrant camerounais qui vit avec sa femme, son jeune fils, son frère et sa belle soeur dans un petit appartement à Tripoli où ils attendent de pouvoir tenter la traversée vers l’Europe. Eux aussi sont terrorisés par les combats. “L'autre soir, nous étions couchés dans la chambre avec ma femme et mon fils lorsqu’une balle est entrée chez nous et a touché mon fils”, a-t-il expliqué à InfoMigrants en envoyant également une photo sur laquelle on voit très distinctement que le jeune garçon souffre d’une plaie ouverte au niveau de l’omoplate. Toute la famille espère pouvoir fuir le plus rapidement possible.

Dans une interview accordée plus tôt cette semaine à la presse italienne, Fayez al-Sarraj, le chef du GNA, estime que le conflit actuel pourrait pousser des centaines de milliers de migrants vers les côtes européennes. "Il n'y aurait pas seulement 800 000 migrants potentiellement prêts à partir, il y aurait les Libyens fuyant cette guerre, tandis que dans le sud de la Libye les terroristes (du groupe) État islamique ont repris leurs actions", prévient-il.

"Nous ne permettrons jamais que 800 000 migrants arrivent en Italie", a immédiatement répliqué le vice-Premier ministre Luigi Di Maio tandis que le ministre italien de l'Intérieur, Matteo Salvini (extrême droite), n’a de cesse de répéter depuis des mois que les ports italiens resteront fermés aux migrants arrivant par la mer.

L'Organisation internationale pour les migrations (OIM), par la voix de son porte-parole italien Flavio Di Giacomo, a pour sa part répondu qu'il était "impossible de prédire le nombre de personnes qui pourraient partir de Libye". "Actuellement la préoccupation est pour la sécurité des civils et des migrants dans le pays", a-t-il ajouté.

*prénoms modifiés 

 

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