Mohamed Lamine et Aboubacar, tous deux retournés de Libye, s'apprêtent à débuter un apprentissage à la ferme Espoir jeunes. Crédit : Julia Dumont
Mohamed Lamine et Aboubacar, tous deux retournés de Libye, s'apprêtent à débuter un apprentissage à la ferme Espoir jeunes. Crédit : Julia Dumont

Créée en 2011, la ferme Espoir jeunes permet aux Guinéens de trouver une source de revenus grâce à l’agriculture. L’association a récemment conclu un partenariat avec l’OIM. Une vingtaine de migrants retournés de Libye s’apprêtent à y débuter un projet de réinsertion. Reportage.

En cette fin de saison sèche, l’activité de la ferme Espoirs jeunes est ralentie. Le personnel attend avec impatience le retour des pluies. Sous le soleil brûlant qui frappe l’exploitation, des centaines de kilos de noix de cajou sèchent sur de grandes bâches. La rivière qui serpente en bas du domaine est presque totalement asséchée.

Dans une semaine environ, un groupe de 20 migrants de retour de Libye va rejoindre l’équipe de la ferme installée dans le village de Bawa, sur la localité de Dubréka, à une soixantaine de kilomètres de Conakry. Ils y resteront un an pour apprendre les techniques du maraîchage. Ils seront également formés à la gestion de leurs récoltes et à la vente. "L’objectif est qu’après un an, ils soient indépendants", explique Maladoh Diallo, le fondateur de la ferme Espoir jeunes.

Maladoh Diallo, 32 ans, a lancé la ferme Espoir jeunes en 2011 avec le projet qu'elle permette aux jeunes Guinéens de trouver une source de revenus près de chez eux. Crédit : Julia DumontCréée en 2011, l’exploitation a toujours eu pour vocation d’accueillir des jeunes pour les former et les initier à une forme d'autonomie financière. Ainsi, estime la ferme Espoir jeunes, ils n'envisageront plus de quitter la Guinée pour aller chercher du travail ailleurs. 

Alors que les départs de jeunes Guinéens sont toujours très nombreux, "l’OIM (l'Organisation internationale des Migrations) a eu vent de ce qui se faisait ici et nous a proposé de nouer un partenariat de réinsertion des migrants de retour", explique le fondateur au visage jovial.

En 2018, la Guinée s’est hissée au rang de deuxième pays d’arrivée de migrants en Europe, derrière l’Afghanistan, selon les chiffres de l’Ofpra (Office français pour la protection des réfugiés et apatrides). Le pays est par ailleurs le plus représenté parmi les mineurs non accompagnés, arrivés en Europe.

Partir pour chercher du travail

Si l’OIM s’apprête à financer de nouveaux panneaux solaires et la construction d’un puits, la ferme reste exclusivement financée par la vente de la production agricole. Organisée en coopérative, elle permet aux exploitants de toucher le fruit de leur travail, sans intermédiaire. Chacun touche un pourcentage de l’argent de leur récolte. Le reste va à la coopérative pour financer l’achat des outils et l’entretien de terrains.

Aboubacar et Mohamed Lamine font partie du groupe de 20 migrants qui vont bientôt rejoindre la ferme. À l’ombre de l’immense jacquier qui trône au milieu de la cour, ils expliquent qu'ils avaient quitté la Guinée en 2015 faute de travail. Et par mimétisme : "En 2015, un garçon de mon quartier est parti en France. En voyant ses photos sur les réseaux sociaux, j’ai eu envie de partir moi aussi", confie Aboubacar, 25 ans.

Après plusieurs mois passés dans des prisons libyennes, il a été rapatrié en Guinée par l’OIM en décembre 2017. Depuis son retour, le jeune homme a visité une exploitation agricole tenue par des femmes et a été séduit par cette activité. "J’ai vu que cela marchait bien alors que je me suis dit que si ces vieilles femmes y arrivaient, je pourrais y arriver aussi." Aboubacar et Mohamed Lamine ont donc choisi de rejoindre le projet de réinsertion de la ferme Espoir jeunes.

Développement personnel et développement durable

Maladoh Diallo est enthousiaste à l’idée de leur arrivée prochaine dans l’équipe. Quand il a lancé son projet, il se souvient que tout le monde le trouvait ridicule. "Jusqu’à ce qu’ils voient que l’agriculture était une activité avec laquelle, on pouvait gagner de l’argent". Maladoh Diallo, initialement chargé des comptes à l’aéroport, partage désormais son temps entre son bureau et les champs de la ferme.

Aujourd’hui, il est même victime de son succès. Des jeunes villageois des alentours lui demandent régulièrement s’ils peuvent participer à l’exploitation. Des étudiants viennent aussi travailler le week-end pour financer leurs études. 

Dans la ferme, Aboubacar et Mohamed Lamine terminent leur visite. Les deux migrants retournés sont convaincus. Ils ont hâte de se lancer dans le projet. Après des années à rêver d'Europe, peut-être commenceront-ils à s'imaginer un avenir en Guinée, au milieu de la nature luxuriante de Dubréka.

Les villageois de Dubrka peuvent prendre part  la cooprative La ferme accueille galement des tudiants le week-end Crdit  Julia Dumont

 

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