Un navire des garde-côtes libyens, lors de la confrontation avec le bateau de l'ONG Proactiva Open Arms, au large de la Libye le 15 août 2017. Crédits : REUTERS, Yannis Behrakis
Un navire des garde-côtes libyens, lors de la confrontation avec le bateau de l'ONG Proactiva Open Arms, au large de la Libye le 15 août 2017. Crédits : REUTERS, Yannis Behrakis

Huit associations, dont Amnesty international et Médecins sans frontières, déposent un recours contre la France, accusée de "faciliter la commission de violations graves des droits humains" en fournissant six navires militaires aux garde-côtes libyens.

Amnesty international France, Médecins sans frontières, la Cimade, le Gisti  et quatre autres associations ont décidé jeudi 25 avril d’attaquer l’État français en justice pour demander la suspension du transfert de plusieurs bateaux français à la marine libyenne. Ils accusent Paris de "complicité" dans des violations de droits de l’homme en rapport avec les violences subies par les migrants en Libye.

La France s’était engagée fin février, par la voix de sa ministre des Armées Florence Parly, à fournir gratuitement six embarcations rapides aux garde-côtes libyens, chargés du contrôle des flux de migrants en Méditerranée. D’après Libération, deux des six navires français seront offerts à la Libye en juin par l’armée française.

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Des portes-mitraillettes en option

Il s’agirait des modèles "1200 Rafale", qui sont des Zodiac fabriqués par l’industriel français Sillinger. Ce sont des navires d’une douzaine de mètres de long capables de transporter 25 passagers. Ils sont aussi dotés de portes-mitraillettes à l’avant et à l’arrière en option, ce que dénonce Amnesty International, qui se demande pourquoi la France n’a pas fourni de simples modèles de sauvetage qui existent aussi dans le catalogue de ce spécialiste des navires légers à usage militaire.

Les ONG plaignantes considèrent qu’"avec ce transfert de bateaux, la France facilite la commission de violations graves des droits humains".

"Il y a de nombreux exemples qui montrent que les garde-côtes libyens traitent extrêmement mal les migrants, ne sont absolument pas respectueux des droits humains et d'autre part ils les renvoient vers l'enfer", dans des camps et centres de détention où ils subissent des "violations multiples", estime notamment Cécile Coudriou, la présidente d'Amnesty International France.

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Une nouvelle étape dans l’externalisation de la gestion des migrations

Ce transfert de matériel entre Paris et la Libye, sans contrepartie monétaire, s'inscrit dans une stratégie d'externalisation de la gestion des flux migratoires par l'Union européenne. Il est le fait d'une décision bilatérale, souligne Amnesty. D’ailleurs l’annonce de ce don de six bateaux a été faite en présence du Premier ministre libyen Fayez el-Sarraj mi-février en marge d’une conférence internationale.

Au sein du gouvernement français, une source anonyme interrogée par Libération affirme toutefois que l’accord a été "conclu avec la marine, qui lutte contre tous types de trafics, pas avec les garde-côtes".

Si les bateaux sont livrés en juin, cette initiative française, sans précédent, marquerait un pas supplémentaire dans la coopération européenne avec la Libye. Jusqu’à présent, seule l’Italie fournissait des équipements aux garde-côtes libyens. En août dernier, le Parlement italien a voté un décret prévoyant de leur donner dix zodiaques patrouilleurs et deux navires pour lutter contre l'immigration illégale en Méditerranée. Selon Le Monde, la Libye disposerait déjà de huit vedettes rapides "grises" de seize mètres.


 

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