Dans le bois du Puythouck, à Grande-Synthe, en décembre 2018. Crédit : Mehdi Chebil
Dans le bois du Puythouck, à Grande-Synthe, en décembre 2018. Crédit : Mehdi Chebil

Plusieurs associations d’aide aux migrants dénoncent la présence de passeurs kurdes irakiens qui intimident les migrants et tentent de contrôler l’accès aux places d’hébergement proposées par la mairie de Grande-Synthe dans un centre et un gymnase.

Dans la ville de Grande-Synthe, un arrêté municipal interdit depuis janvier 2019 de camper dans le bois du Pouythouck, une large zone protégée qui fait aussi office de base de loisirs pour les enfants de la commune. Pourtant, régulièrement une quarantaine de migrants pakistanais et afghans continuent d’y installer des campements de fortune.

Ces derniers refusent de rejoindre le gymnase réquisitionné par la Ville pour héberger quelques 100 à 150 hommes seuls. "Le problème c’est qu’il y a des passeurs", explique une bénévole de l'association Auberge des migrants. "Les Pakistanais ne vont pas au gymnase car ils n’y sont pas acceptés, ni par les kurdes irakiens [majoritaires au gymnase], ni par les passeurs" confirme à son tour Claire Millot de l’association Salam.

Pour aider ces "exclus", dont certains sont des mineurs, Akim Toualbia, vice-président de l’association Drop solidarité, leur fournit des tentes, des sacs de couchage, des vêtements, pour les aider à supporter les nuits passées en extérieur. Akim Toualbia va jusqu’à parler de "mafias" dans le gymnase de Grande-Synthe. "La mafia kurde leur ferait payer leur entrée dans le gymnase. C’est en tous cas ce que me racontent les migrants".

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Les tentatives de prise de contrôle des passeurs

Claire Millot se souvient avoir aidé un groupe de Soudanais, logés dans le fameux gymnase, mais dans une salle à part. "Il fallait garder un œil sur eux, pour être sûr qu’ils s’y sentent bien". Depuis plusieurs semaines, les Soudanais se sont volatilisés. La militante s’interroge. "Ont-ils fait l’objet l’intimidation de la part des passeurs ?"

À la mairie de Grande-Synthe, on assure faire au mieux pour veiller à la sécurité des migrants. Des agents de sécurité sont payés pour protéger le gymnase la nuit, et la commune "collabore avec la police pour que ça se passe au mieux", explique Olivier Caremelle, directeur de cabinet du maire de Grande-Synthe. "La salle est sous le contrôle de la mairie" affirme-t-il. "Après, il peut y avoir des tentatives de pressions de la part de certaines personnes", regrette-il, "mais pour le moment, il n’y a jamais eu de dépôt de plainte".

Un employé de mairie, sous couvert d’anonymat, prend moins de pincettes à l’évocation des pressions des passeurs. "Il y a trois ans, sur un précédent campement à Grande-Synthe, nous avions dû rappeler par des affichettes en pashto que l’accès au WC était gratuit", affirme-t-elle à InfoMigrants. Des passeurs avaient décidé de faire payer l’accès aux sanitaires.

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Des familles et des enfants "mis à l’abri des passeurs"

Pour cette même source, il n’est donc pas impossible que des passeurs fassent la loi dans le gymnase. "On n’a pas la capacité de maîtriser ça. La justice et la police sont du ressort de l'État, pas de la mairie. Nous assurons déjà l’accès au minimum vital : eau, nourriture, soins médicaux, le gîte et la propreté. L’État doit nous aider pour le reste", ajoute-t-elle.

Outre le gymnase, les familles - soit près de 80 personnes, sont logées à part dans un centre aéré (le CCP) situé dans le Pouythouck (le CCP) "pour qu’elles puissent être au calme, que les enfants ne soient pas perturbés par les éventuelles bagarres et pour qu’ils soient mis à l’abri des passeurs", continue l’employé de la Ville.

Olivier Caremelle, de la mairie, dit aussi avoir demandé l’ouverture d’une salle supplémentaire du gymnase, réservées aux familles qui n’auraient pas trouvé de place au CCP, aujourd'hui saturé. Au total, entre les migrants mis à l’abri par la ville et les campements sauvages, près de 500 à 600 personnes stationnent actuellement à Grande-Synthe, le temps pour la plupart d’entre eux de trouver un moyen de rejoindre l’Angleterre.

 

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