Image d'illustration d'un officier de police à Paris. Crédit : Reuters
Image d'illustration d'un officier de police à Paris. Crédit : Reuters

À Paris, plusieurs associations ont constaté des dysfonctionnements sur les mises à l’abri des mineurs isolés étrangers. Selon la loi, les commissariats ont un devoir d’assistance face à ce public vulnérable et fragile. Mais cette aide est défaillante, la nuit notamment, quand les services de protection de l’enfance sont fermés. Les ONG ont donc saisi le Défenseur des droits.

Deux associations venant en aide aux mineurs isolés étrangers (MIE) dans le nord de Paris ont saisi lundi 29 avril le Défenseur des droits. Utopia 56 et la Ligue des Droits de l’homme de Paris reprochent aux commissariats de refuser la prise en charge de ces mineurs, la nuit notamment, lorsque les services de protection de l’enfance (ASE) sont fermés.

Les mineurs non accompagnés qui arrivent à Paris le soir doivent pouvoir se présenter dans un commissariat pour trouver de l’aide. La police est chargée de protéger les mineurs présumés et de les transférer vers des foyers d’hébergement.  

Des mineurs remis à la rue par des policiers, selon les associations

Les associatifs appuient leurs griefs sur une note interne distribuée par le procureur de Paris, censée être affichée dans tous les commissariats de la capitale. Cette note stipule que "tout mineur isolé venant d’arriver sur le territoire parisien doit être pris en charge par les forces de police pour être transféré – sur la base du principe déclaratif de son âge – dans un foyer de l’Aide sociale à l’enfance (ASE), pour être mis à l’abri avant d’entrer en processus d’évaluation [de sa minorité opérée par le bureau d’évaluation du Demie pour Paris]".

Or, dans les faits, ce texte n’est pas toujours respecté, a constaté Utopia 56. En près d’un an et demi (entre le 17 juin 2017 et le 12 octobre 2018), 51 mineurs ont été remis à la rue par les commissariats du 2e, 10e, 11e, 18e, 19e et 20e arrondissements de Paris, a chiffré l’association.

"Les mineurs isolés étrangers (MIE) sont considérés comme des étrangers au lieu d’être considérés comme des enfants", regrette Violaine Carrère du Gisti, association non-signataire de la saisine. "Dans la réalité, la police suspecte souvent le mineur de ne pas être mineur".

>> À lire sur InfoMigrants : Que risque-t-on si on ment sur son âge pour se faire passer pour un mineur ?

De fausses informations données aux migrants

Sur le terrain, les jeunes étrangers subissent même des menaces. Un bénévole d’Utopia a raconté que des policiers du commissariat du 2e arrondissement avaient dit à des migrants venus demander de l’aide qu’ils allaient les envoyer en centre de rétention administrative (CRA). Les jeunes n’avaient pas de papiers d’identité et "avaient l’air plus vieux", selon les policiers.

Or ce processus est illégal : des mineurs isolés ne peuvent pas être retenus en CRA s’ils ne sont pas passés d’abord par une étape de tests de minorité. Les associations demandent donc que les policiers soient mieux formés.

Au cours de leurs observations, ils ont constaté que les services de police distillaient de fausses informations. "La police disait aux jeunes d’appeler le 115, ou encore l’hôpital ou les pompiers", explique ainsi Thomas Berteigne de la Ligue des Droits de l’homme. Le 115 est exclusivement réservé aux adultes.

>> À lire sur InfoMigrants : Mineurs isolés : tout savoir sur votre prise en charge à votre arrivée en France

Insultes et moqueries envers les jeunes migrants

Autre constatation, des mineurs isolés ont fait l’objet d’insultes et de moqueries désobligeantes. Les bénévoles d’Utopia 56 rapportent des plaisanteries entendues dans le commissariat du 19e arrondissement sur l’hygiène bucco-dentaire des migrants. Des railleries ont été faites sur l’Aquarius  et sur le fait que les mineurs "n’ont pas de valises". Des policiers auraient également été énervés par des jeunes qui ne parlent pas leur langue, finissant par leur dire : "On est en France, on parle français".

Autre détail alarmant, les bénévoles ont constaté que les policiers refusaient "systématiquement" d’accompagner les mineurs isolés en foyer quand des places sont libres. Les forces de l’ordre considèrent que le trajet n’est pas du ressort de leur responsabilité. Pourtant, ces foyers peuvent refuser le mineur s’il n’est pas escorté par un agent de police. Utopia recense sept exemples où des jeunes ont été refusés dans des foyers, pour le seul mois de mars.

De retour au commissariat, ces sept jeunes ont été refoulés et remis à la rue en plein milieu de la nuit, entre 2 et 3 heures du matin.

 

Et aussi