Des membres de la Croix-Rouge italienne lors d'une manifestation. Crédit : Twitter de la Croix-Rouge italienne
Des membres de la Croix-Rouge italienne lors d'une manifestation. Crédit : Twitter de la Croix-Rouge italienne

La Croix-Rouge de Rome, en Italie, a annoncé vendredi la suppression de plusieurs dizaines de postes et la cessation d’une partie de ses activités d’accueil de migrants. Principalement en cause : les coupes budgétaires imposées par le gouvernement de Matteo Salvini.

“Ce n’est pas un choix, c’est une obligation”. Pietro Giulio Mariani, directeur de l'antenne romaine de la Croix-Rouge, a annoncé vendredi 3 mai, dans un communiqué, l’arrêt d’une partie de ses activités d'accueil de migrants dans la capitale italienne. Un tiers des effectifs, soit plus de 60 personnes, va être licencié et de nombreux fournisseurs et partenaires ne verront pas non plus leur contrat renouvelé.

Cette décision qualifiée de “dramatique” par Pietro Giulio Mariani est la conséquence directe du “changement radical d’approche et de gouvernance [quant aux flux migratoires] qui nous impose à nous aussi des changements radicaux.”

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La Croix-Rouge a grandement participé à l'accueil des migrants à Rome, gérant pendant plusieurs années le "hub" de premier accueil de la capitale, où les nouveaux arrivants étaient conduits dès leur débarquement. L’ONG participait aussi régulièrement aux appels d'offres publics pour l'accueil des migrants.

Mais dans le contexte de fermeté tenu par le ministre de l'Intérieur et chef de file de l'extrême droite, Matteo Salvini, les associations, la Croix-Rouge en tête, sont asphyxiées par les coupes budgétaires successives. L’une des plus conséquentes a trait à la dotation journalière confiée aux hôtes qui, comme la Croix-Rouge, Caritas ou même des gérants d’hôtels, logent les migrants et demandeurs d’asile.

"Ce n'est pas en mettant le monde associatif à genoux que l'on réforme le système"

Face aux arrivées massives en Italie ces dernières années, le système d'accueil des demandeurs d'asile s'était démultiplié, passant de 22 000 hôtes fin 2013 à près de 200 000 courant 2017, avant de redescendre doucement pour revenir à 118 500 hôtes au 30 avril.

Jusqu’à peu, les appels d'offres publics proposaient de rétribuer les hôtes en moyenne 35 euros par jour et par personne pour le gîte, le couvert, quelques vêtements, un peu d'argent de poche, des cours d'italien ou encore un soutien psychologique et juridique. Sous l'impulsion de Matteo Salvini, la dotation est passée à 19 euros, pour des services réduits au strict minimum. Les aides à l'insertion sont réservées à ceux qui ont obtenu le statut de réfugié.

Pour la Croix-Rouge de Rome, cette dotation n'est plus suffisante pour maintenir ses centres d'accueil, d'autant que ses finances pâtissent déjà lourdement des retards dans le versement des fonds publics, un mal chronique de l'administration italienne bien antérieur à l'arrivée au pouvoir du gouvernement populiste en juin 2018.

D’après la presse locale, l’ONG ne devrait pas être la seule touchée par la politique de Salvini : des milliers de suppressions d'emplois dans les centres d'accueil à travers le pays sont à prévoir dans les prochains mois. D’ailleurs, le quotidien La Repubblica estime que "20 000 emplois de jeunes Italiens ont déjà été perdus [à cause des réformes] dans le secteur de l'hôtellerie". Et Pietro Giulio Mariani de répondre, dépité : "Ce n'est pas en mettant le monde associatif à genoux que l'on réforme le système".

 

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