Photo d'une manifestation de soutien aux femmes étrangères à Chypre le 3 mai 2019. Crédit : George C. / DR
Photo d'une manifestation de soutien aux femmes étrangères à Chypre le 3 mai 2019. Crédit : George C. / DR

Une affaire de meurtres en série visant des femmes migrantes est en train de secouer l’île de Chypre en Méditerranée. La police est taxée de laxisme par des ONG et par une partie de la société civile qui estime que si les victimes avaient été Chypriotes, l’enquête aurait été plus efficace.

Depuis la mi-avril, Chypre est bouleversée par une affaire de meurtres en série, la première de l’histoire de cette jeune île méditerranéenne qui a gagné son indépendance en 1960. Cinq femmes et deux fillettes - toutes étrangères - ont été tuées ces trois dernières années. Certains corps ont été retrouvés au fond d'un lac.

Un officier de l'armée âgé de 35 ans, Nicos Metaxas, a récemment avoué être l’auteur des faits. Jusqu'alors, les victimes - quatre Philippines dont une mère et sa fille de 6 ans, une Roumaine et sa fille de 8 ans, ainsi qu'une femme identifiée comme népalaise- avaient été portées disparues. La police avait rapidement classé leur dossier sans suite.

"Plus l'enquête avance, plus il devient clair que la police a bâclé les recherches parce qu'il s'agissait de femmes immigrées", dénonce auprès de l'AFP Maria Mappouridou, une Chypriote de 43 ans. Horrifiée par cette affaire, la quadragénaire a lancé fin avril sur Facebook un appel à manifester devant le Palais présidentiel à Nicosie, pendant que la police poursuivait ses recherches dans l'eau rouge toxique du lac Mitsero.

"Femmes et étrangères : des victimes doublement invisibles"

Des centaines de personnes, Chypriotes et immigrées, ont répondu présentes deux vendredis de suite. "Les victimes étaient doublement invisibles : c'étaient des femmes et des étrangères. Je ne connais pas une famille ici qui n'a pas une nounou, une femme de ménage étrangère... Mais qui demande à ces femmes si elles vont bien ? Si elles se sentent en sécurité ?", s'interroge-t-elle.

>> À (re)lire sur InfoMigrants : Chypre reçoit des centaines de demandeurs d’asile Syriens, pourquoi maintenant ?

Depuis, Maria a réuni l'ensemble des cas non résolus de disparitions de femmes à Chypre : elles sont plus de 35 depuis 1990, dont une large majorité d'étrangères et plusieurs adolescentes. Son objectif : "s'assurer que la police a bien fait son travail".

Pour Andreas Kapardis, criminologue et professeur émérite à l'Université de Chypre, à Nicosie, la police se retrouve souvent face à des cas de "disparitions d'étrangères très difficiles à résoudre", explique-t-il à l’AFP. "Le tueur a choisi des femmes immigrées, isolées, vulnérables. S'il avait séquestré une Chypriote, sa famille et ses amis se seraient mobilisés et l'enquête policière aurait été facile."

Démissions du ministre de la Justice et limogeage du chef de la police

L'affaire a suscité d’intenses remous dans la vie politique chypriote, jusqu'à la présidence : sous pression de l'opinion publique, le ministre de la Justice a démissionné et le chef de la police a été limogé. La police "a agi de manière négligente, erronée et non professionnelle", a déclaré, pour sa part, le président Nicos Anastasiades.

Fondatrice du réseau Obreras Empowered d’aide aux employées de maison à Chypre, Lissa Jataas, estime que ces meurtres doivent constituer "un signal d'alarme". "Maintenant, il faut renforcer la communication entre le gouvernement et les immigrés, s'asseoir à la même table (...) discuter des problèmes comme les violences physiques et sexuelles" auxquelles font face de nombreuses immigrées, conclut cette nourrice de 47 ans.

 

Et aussi