La petite Mawda a été tuée en mai 2018. Capture d'écran Twitter.
La petite Mawda a été tuée en mai 2018. Capture d'écran Twitter.

Un an après la mort d’une fillette kurde de deux ans, Mawda, tuée lors d’une course poursuite en Belgique, le policier responsable du tir fatal n’a pas été inculpé. Les parents de la fillette déplorent la lenteur de la procédure.

Le drame remonte à la nuit du 16 au 17 mai 2018, sur une autoroute de Wallonie, au sud de Bruxelles. Une camionnette transportant une trentaine de migrants venant de Grande-Synthe, dans le nord de la France, tente d’échapper à vive allure à une voiture de police qui veut l’intercepter.

Face au refus d’obtempérer, l’un des policiers sort son arme par la fenêtre et vise, selon ses explications, "le pneu avant gauche" en doublant. Mais un brusque coup de volant de son collègue dévie son tir vers l’habitacle de la camionnette, où Mawda, installée avec ses parents derrière le chauffeur, est touchée d’une balle dans la tête. Elle meurt dans l’ambulance qui la transporte à l’hôpital.

Un an après sa mort, les parents de la fillette déplorent la lenteur de l’enquête et jugent "anormal" que le policier auteur du tir n’ait pas été inculpé. "Mes clients ne comprennent pas, ça les choque vraiment", insiste leur avocate, Me Selma Benkhelifa, qui attend le procès et ses "explications".

Les parents de la fillette, dont Me Benkhelifa préfère taire le nom, ont obtenu un titre de séjour d’un an en Belgique pour "raison humanitaire", huit mois après le drame. Ils espèrent le voir renouveler en février prochain afin de rester dans le pays où Mawda est enterrée.

Le policier "anéanti", selon son avocat

Le policier, qui reconnaît le tir fatal, est toujours "en incapacité de travail", confie son avocat Me Laurent Kennes, qui le dit "anéanti".

"La juge d’instruction a l’intention de faire une reconstitution", explique de son côté Ignacio de la Serna, procureur général à Mons (sud), qui chapeaute l’enquête sur le délit de fuite et le tir mortel. "On verra ce qu’il adviendra à l’issue, si elle inculpe ou non […] Pour moi il y a deux fautes : le tir du policier et la conduite folle du chauffeur (du véhicule poursuivi) sans laquelle il n’y aurait pas eu de tir", ajoute le magistrat.

À ce jour, seul le chauffeur de la camionnette est incarcéré dans ce dossier. Kurde d’Irak lui aussi, il a été extradé en avril du Royaume-Uni où il avait été arrêté. Libéré dans un premier temps faute de preuves, comme tous les occupants de la camionnette, il a finalement été confondu par son ADN "sur le volant et la boîte de vitesse" du véhicule, explique Ignacio de la Serna.

Il a été inculpé pour "entrave méchante à la circulation avec la circonstance aggravante du décès" et "rébellion armée", l’arme étant la camionnette avec laquelle il a tenté de percuter ses poursuivants.

Parallèlement à celle de la justice, une enquête a été ouverte par le comité P, la "police des polices" en Belgique. Dans ses premières conclusions, ce comité pointe du doigt la faute du policier, un tir ne devant jamais être effectué en mouvement.

Des problèmes de communication entre services d’enquête sont aussi mis en évidence car les policiers sollicités pour prendre en chasse la camionnette ignoraient la présence de migrants à bord.


 

Et aussi