Image d'un internaute surfant sur Facebook. Crédit : Reuters
Image d'un internaute surfant sur Facebook. Crédit : Reuters

Grâce à une vaste enquête de l’ONG Avaaz, des dizaines de pages et de comptes Facebook véhiculant de la désinformation au sujet des migrants et de l’immigration ont été supprimées. Ces pages totalisent plus d’un demi-milliard de vues sur les trois derniers mois.

“L’Europe est noyée sous un flot de désinformation” : l’ONG internationale Avaaz a découvert des réseaux virtuels de désinformation, principalement d’extrême droite, opérant en France, au Royaume-Uni, en Allemagne, en Espagne, en Italie et en Pologne. “On estime qu’ils ont publié des contenus visionnés environ 533 millions de fois au cours des trois derniers mois, avant d’être finalement supprimés par Facebook”, indique l’ONG qui a publié, mercredi 22 mai, les conclusions de son enquête dans un rapport d’une trentaine de pages.

Leur thématique de prédilection : les migrants. Dans une vidéo visionnée pas moins de 10 millions de fois, un groupe de migrants est notamment filmé détruisant une voiture de police en Italie. “La séquence était en réalité extraite d’un film et avait été analysée il y a des années !”, note Avaaz qui affirme que ce genre d’image et d’informations détournées sont monnaie courante et peuvent toucher n’importe quel utilisateur des réseaux sociaux.

77 pages et 230 comptes supprimés dans 6 pays

En France au cours des trois derniers mois, Avaaz a identifié un total de 44 pages et groupes ayant enfreint plusieurs conditions d’utilisation de Facebook pour une audience de plus de 1,7 million de followers. “Le 20 mai, Facebook a restreint l’audience de la page officielle du site ‘La Gauche M’a Tuer’, ainsi que les pages ‘La Révolte Des Vaches à Lait’ et ‘Peuple de France réveille-toi’ pour avoir publié des fausses informations de manière répétée”, apprend-t-on notamment dans le rapport.

“Mais la désinformation ce n’est pas que des fake news”, poursuit Julie Deruy, porte-parole d’Avaaz, jointe par InfoMigrants. “C’est aussi un comportement organisé : on a remarqué que lorsqu’une page publie une information fausse ou trompeuse, celle-ci est alors reprise et partagée sur plein d’autres pages complices en même temps, ce qui trompe l'algorithme de Facebook et booste le nombre de vues. Les gens pensent donc que cet article, de par sa popularité, est légitime”, explique-t-elle.

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À quelques jours des élections européennes Avaaz craint le pire. “Les réseaux d'extrême droite trompent les gens pour accéder au pouvoir. Et les récentes élections prouvent que ça fonctionne : Brésil, États-Unis, Allemagne, Espagne…. partout dans le monde l’extrême droite arrive au pouvoir au moment où l’entreprise de désinformation grandit à une vitesse exponentielle. Est-ce dû au hasard ? Je ne crois pas”, lâche Julie Deruy, ajoutant que les fake news circulent six fois plus vite que la vérité sur les réseaux sociaux.

En réponse à l’enquête d’Avaaz, Facebook a supprimé 77 pages et 230 comptes en Allemagne, Royaume-Uni, France, Italie et Pologne. “Mais Facebook doit aller plus loin et frapper plus fort”, estime Julie Deruy. “On leur demande de corriger les intox : actuellement, seuls les gens qui repartagent une fake news ayant été signalée reçoivent un correctif de la part Facebook. Il faut que ce correctif soit généralisé à l’ensemble des utilisateurs qui ont été exposés au faux contenu, même s’ils n’ont pas interagi avec.”

“Si vous voyez quelque chose, dites-le !”

L’effort et la vigilance doivent aussi venir des utilisateurs eux-mêmes. Le conseil d’Avaaz : “Si vous voyez quelque chose, dites-le !” Autrement dit, lorsque vous repérez une publication sur Facebook contenant des informations choquantes, n’y croyez pas automatiquement. Vérifiez les faits en croisant les sources d’information ou en vous rendant sur les sites d’information fiables des grands médias généralistes.

Et si vous pensez avoir trouvé un contenu fallacieux, signalez-le à Facebook en cliquant sur les trois petits points en haut à droite de la publication (vous pouvez consulter les étapes de signalement ici). Facebook garantit l’anonymat de tous les utilisateurs qui rapportent un contenu faux ou abusif.

Vous pouvez également signaler le contenu à Avaaz en suivant ce lien valable pour tous les réseaux sociaux. Car la désinformation ne concerne pas que Facebook. Elle est présente sur toutes les autres plateformes, rappelle Julie Deruy, qu’il s’agisse Twitter, Instagram ou encore WhatsApp. “Notre enquête n’a porté que sur Facebook, dans seulement six pays et sur les trois derniers mois. Autant dire que ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. Il faut que les internautes soient vigilants sur toutes les plateformes”, conclut-elle.

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