n groupe de demandeurs d’asile en Basse-Saxe, 2016 | Photo: Picture-alliance/dpa/S.Pförtner
n groupe de demandeurs d’asile en Basse-Saxe, 2016 | Photo: Picture-alliance/dpa/S.Pförtner

En simplifiant un rapport du gouvernement, un tabloïd affirme que l’Allemagne a dépensé 23 milliards d’euros l’an dernier pour l’accueil de migrants. Du pain béni pour l’extrême droite qui dénonce une gabegie de l’argent public. Mais la réalité, est bien plus complexe.

En 2015, Angela Merkel assurait aux Allemands que le pays pourra supporter l’arrivée de centaines de milliers de demandeurs d’asile. Trois ans et demi plus tard, la chancelière fait face à une énième attaque de l’extrême droite sur sa politique migratoire. Cette fois, c’est d’argent qu’il est question et d’un chiffre qui circule dans les médias. Selon le tabloïd Bild, l’Etat aurait dépensé 23 milliards d’euros l’an dernier pour assurer le droit d’asile et l’intégration de migrants. Ce chiffre a rapidement été repris par d’autres médias. L’AfD dénonce une coûteuse "fête de bienvenue", peu importe si ce montant fait débat dès que l’on y regarde de plus près. 

Tout est parti d’un rapport annuel sur les réfugiés et l’intégration rédigé par le Ministère allemand des finances à la demande du Parlement. Ce document a atterri sur la table du gouvernement, mais aussi sur celle de la rédaction de la Bild.

Il compile un certain nombre de dépenses, lesquelles lorsqu’on les additionne, atteignent la somme de 23 milliards d’euros.

Dans le détail, l’accueil et l’intégration aurait coûté 7,5 milliards d’euros à l’Etat l’an dernier, un chiffre en hausse de 14% par rapport à l’année précédente. En Allemagne, c’est le gouvernement central qui finance l’hébergement et l’intégration des demandeurs d’asile dans les 16 Etats qui composent la République fédérale. 

Le document du ministère explique également que l’Etat a versé 4 milliards d’euros de minima sociaux aux réfugiés, des allocations auxquelles ils peuvent prétendre après 15 mois passés dans le pays. Il s’agit de près de 400.000 ménages qui comptent 1 million d’adultes et d’enfants. 

Mais le poste de dépense le plus important qui figure dans le rapport concerne l’aide au développement à l’étranger. Pour éviter que ne se répète une vague d’arrivée massive comme en 2015. L’an dernier, l’Etat a ainsi alloué 7,9 milliards d’euros à des projets censés améliorer les conditions de vie dans les pays d’origine, essentiellement en Afrique, pour inciter les populations à ne pas tenter de rejoindre l’Europe. 

Le parti anti-immigration AfD saute sur l'occasion

L’une des dirigeantes du parti AfD n’a pas tardé à réagir et à se saisir du total de 23 milliards d’euros en qualifiant ce montant d’effrayant. "C’est une coûteuse fête de bienvenue sur le dos des citoyens", a lancé Alice Weidel sur son compte twitter.


Des commentaires jugés "stupides" et de mauvais goût par la ministre chargée de la migration Annette Widmann-Mauz. "Combattre les raisons de la migration, qui constitue une grosse partie des dépenses totales, est autant dans notre intérêt que d’investir dans la réussite de l’intégration. Celui ou celle qui dénigre la protection humanitaire comme étant une fête n’a rien compris."

Une grande partie des dépenses ne concernent pas les réfugiés

Selon la chaîne de télévision publique allemande ZDF, "quand on regarde les chiffres de plus près, on s’aperçoit que la facture comporte beaucoup de dépenses qui n’ont rien à voir avec les coûts pour les réfugiés."

Le gouvernement n’aurait ainsi pas dû compiler ses dépenses d’intégration et d’aide au développement dans un seul et même rapport. Dans son article intitulé "23 milliards pour les réfugiés ? L’histoire d’un chiffre", la ZDF insiste sur le fait que les 7,9 milliards d’euros pour combattre les causes de la migration n’ont pas été alloués aux réfugiés et demandeurs d’asile présents sur le sol allemand.

Par ailleurs, d’autres dépenses comprises dans les 23 milliards ne bénéficient que très indirectement aux migrants. Ainsi, la facture comprend 870 millions d’euros alloués à la création de nouvelles places de crèche accessibles à tout le monde. Il en va de même pour le milliard dépensé dans la construction de logements sociaux. 

Alors pourquoi présenter une telle facture fourre-tout sachant le potentiel d’exploitation pour l’extrême droite ?

"Le gouvernement ne veut pas faire la différence entre les dépenses directes et indirectes pour les réfugiés. Cela conduit à avancer des coûts exagérés", a critiqué une porte parole du parti d’extrême gauche Die Linke. "C’est de l’eau pour le moulin de l’AfD".

D’après la ZDF, ce calcul du ministère des Finances pourrait bien en réalité constituer une stratégie politique. Le gouvernement fédéral doit régulièrement négocier avec les 16 Etats fédérés les sommes qu’il leur alloue pour l’accueil des migrants. Gonfler les chiffres et les faire passer pour excessifs pourrait être un argument pour négocier une baisse des dépenses de l’Etat en matière de migration.

 

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