Les chefs de réseaux ont été mis en examen pour "aide à l'entrée de personnes en situation irrégulière". Crédit : Reuters
Les chefs de réseaux ont été mis en examen pour "aide à l'entrée de personnes en situation irrégulière". Crédit : Reuters

Cinq têtes d’un réseau d’immigration illégale ont été interpellés dans différentes métropoles françaises. Elles sont accusées d’avoir organisé des passages de sans-papiers congolais - munis de faux documents - depuis la RD Congo jusqu’à la France en passant par Mayotte.

Un circuit international d'immigration clandestine de migrants en provenance de la République démocratique du Congo et à destination de Paris en passant par Mayotte a été identifié dans le 101e département français, a annoncé jeudi 23 mai le procureur de la République Camille Miansoni lors d'une conférence de presse.

Cinq têtes de réseau ont été interpellées, une à Mayotte, trois en région lyonnaise et une à Strasbourg, a détaillé le procureur.

Alerté par un "afflux" de demandeurs d'asile en provenance de la région des Grands lacs d'Afrique, le groupe d'enquête sur la lutte contre l'immigration clandestine de Mayotte, un dispositif unique en France, a "essayé de comprendre le phénomène", a précisé Camille Miansoni.

Dans la plupart des cas, les migrants partaient en avion de Kinshasa (RD Congo) pour rejoindre la Tanzanie ou le Kenya puis Madagascar ou les Comores. De là, les migrants rejoignaient Mayotte en embarquant sur des kwassa (petits canots en taule, très précaires). Munis de faux papiers, ils prenaient ensuite la direction de la métropole.

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Les chefs du réseau ont été mis en examen pour avoir produit et fourni de faux documents notamment dans le but d'obtenir des titres de séjour, pour association de malfaiteurs et aide à l'entrée et au séjour de personnes en situation irrégulière en bande organisée.

L'association Solidarité Mayotte, interrogée par InfoMigrants il y a quelques mois, ne s'étonnait pas du nouveau flux migratoire via Mayotte. "Les pourtours de l’Union européenne, par la Libye et la Turquie se ferment. Conséquence : une troisième voie d’accès se crée par Mayotte à travers des réseaux constitués", constatait Romain Reille, membre de l'association.

Le réseau a permis à des dizaines de personnes d'arriver en France

Le procureur Camille Miansoni a insisté sur la dimension lucrative du trafic, avec des voyages "qui pouvaient coûter 4 000 euros", a-t-elle indiqué, précisant que l'enquête était toujours en cours, au niveau local et international.

Ce réseau qui existe "depuis au moins 2017" a permis à "plusieurs dizaines de personnes" d'arriver en métropole. Pour le parquet, "il faut réagir vite" car devant "ces territoires qui ont une population importante, il y a des risques que ça devienne un circuit ordinaire d'immigration".

Deux kwassas transportant une quarantaine de personnes originaires de l'Afrique des Grands lacs ont accosté clandestinement mercredi matin dans le Sud de Mayotte, avait indiqué le jour même une source policière à l'AFP.

En 2018, plus de 1 000 demandes d'asile ont été déposées à Mayotte et 55% des demandeurs provenaient de la région des Grands lacs en Afrique, a chiffré mardi le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner, en réponse à une question écrite du député de Mayotte Mansour Kamardine (LR).

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