Des ONG accusent la marine italienne de ne pas avoir secouru des migrants en détresse au large de la Libye. Crédit : Sea-Watch
Des ONG accusent la marine italienne de ne pas avoir secouru des migrants en détresse au large de la Libye. Crédit : Sea-Watch

L’ONG allemande Sea-Watch et le collectif Mediterranea accusent un navire de la marine italienne d’être resté à distance d’une embarcation de migrants en détresse au large des côtes libyennes, alors qu’il ne se trouvait qu’à plusieurs dizaines de kilomètres. Les 80 personnes en difficulté ont finalement été interceptées par les garde-côtes libyens et renvoyées en Libye.

"Le navire P492 Bettica de la marine italienne est à proximité d’un canot pneumatique en détresse avec environ 80 personnes à son bord mais il n’intervient pas". Ce message a été posté sur Twitter jeudi 23 mai en début d’après-midi par l’ONG Sea-Watch qui alerte sur la présence d’une embarcation dans les eaux internationales, au large de la Libye. C’est son avion de secours, le Moonbird, qui a repéré le canot en difficulté. "Notre avion a envoyé un message de détresse et a confirmé que des personnes sont accrochées à l’embarcation qui est en train de se dégonfler", continue l’ONG allemande.

Un peu plus tôt, Alarm Phone, la plateforme téléphonique qui vient en aide aux migrants en mer, avait donné l’alerte sur les réseaux sociaux. "Depuis 12h40, nous sommes en contact avec un bateau en détresse en Méditerranée centrale […]. L’eau entre dans le bateau. Nous avons transmis leur position au MRCC de Rome. Nous demandons une opération de sauvetage rapide".

Selon les ONG, la marine italienne n’est pas loin de l’embarcation. Elle ne serait pas intervenue.

Un tweet de la marine italienne confirme, en effet, sa présence dans la zone, à 80 km du canot en difficulté. "Nous envoyons notre propre hélicoptère pour soutenir le Colibri [également sur zone, ndlr]", écrit la marine italienne sur le réseau social. "Avec un hélicoptère de la région, nous avons vérifié que les migrants ont été récupérés par un bateau de la patrouille libyenne".

"Le gouvernement sera responsable de ses actes"

Seulement voilà, les ONG accusent ainsi les Italiens d’être "restés à distance" sciemment, pour laisser "le champ libre" aux garde-côtes libyens. "Encore un refoulement par procuration en Méditerranée centrale" a réagi Alarm Phone. "L’UE continue de violer le droit international, d’ignorer les bateaux en détresse et de repousser les gens en zone de guerre".

Des accusations qui inquiètent plusieurs personnalités politiques en Italie. "Si c’est vrai, ce serait très grave car il est absolument impensable que des hommes, des femmes et des enfants soient renvoyés dans cet enfer qu’est la Libye", a déclaré le sénateur du mouvement 5 étoiles (M5S) Gregorio De Falco, également officier de la marine.

Même son de cloche chez Massimiliano Smeriglio, candidat du Parti démocrate aux élections européennes. "Nous ne pouvons pas croire qu’’un navire de notre marine, qui a accompli tant de missions de secours international, peut apporter son aide sans intervenir dans une tragédie. Intervenez sans délai sans quoi le gouvernement sera responsable de ses actes", a-t-il insisté.

Début mai, un navire militaire italien avait subi les foudres du ministre de l’Intérieur après avoir secouru des migrants en mer sans avoir attendu les garde-côtes. Matteo Salvini refuse systématiquement le débarquement des migrants sur le sol italien.

 

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