Image du sauvetage d'une embarcation de migrants dans la Manche, le 25 décembre 2018. Crédit : Marine nationale
Image du sauvetage d'une embarcation de migrants dans la Manche, le 25 décembre 2018. Crédit : Marine nationale

Dans le Pas-de-Calais, un vendeur de bateaux pneumatiques et un chauffeur de taxi ont écopé de peines de prison ferme pour avoir revendu des embarcations de fortune à des personnes tentant de rejoindre l’Angleterre. Ils n’ont exprimé aucun regret quant aux risques encourus par les migrants lors de telles traversées.

Deux hommes qui avaient organisé un trafic de revente de bateaux pneumatiques pour des migrants souhaitant rejoindre l’Angleterre par la Manche ont été condamnés à des peines de 18 mois et un an de prison ferme dans le Pas-de-Calais.

Interrogés sur les risques encourus par les migrants lors de la traversée, aucun des deux hommes n'a exprimé de regrets. "Quand il faisait mauvais, je leur disais de rappeler plus tard", a déclaré l’un des deux prévenus entendus par le juge vendredi 25 mai 2019.

14 000 euros en liquide retrouvés dans le véhicule d'un des suspect

Dirigeant d’une entreprise de vente de bateaux d'occasion pour l’un d’entre eux et chauffeur de taxi pour le second, ces deux résidents de Belgique et de Calais ont vendu quelque 39 embarcations entre octobre 2018 et mars 2019, selon les enquêteurs de la brigade mobile de recherche de Lille. Le chef d'entreprise assure n’avoir réalisé que 7 500 euros de bénéfices, mais près de 14 000 euros en espèces ont été retrouvés dans son véhicule lors de son interpellation.

Dans ses réquisitions, le parquet a insisté sur le "caractère lucratif de l'activité" et la "dangerosité des passages la nuit, compte-tenu du trafic et des conditions climatiques dans la Manche en hiver".

La densité du trafic dans le détroit du Pas-de-Calais, les courants, le vent permanent et la température de l'eau rendent une telle traversée très difficile et extrêmement dangereuse. Le préfet Fabien Sudry, qui s’exprimait à ce sujet en avril, avait souligné le "risque énorme" encouru par ceux qui tentent de rejoindre l'Angleterre par la Manche.

>> À lire sur InfoMigrants : "Les passeurs réussissent à faire croire que la traversée de la Manche est facile. C’est faux"

500 migrants ont pris la mer entre octobre et mars

Des écoutes téléphoniques menées par les enquêteurs ont permis de découvrir qu’une fois la vente effectuée, le vendeur de bateaux mettait les migrants en relation avec le chauffeur de taxi calaisien, chargé d'acheminer les embarcations de Deûlémont, situé à la frontière belge, jusqu'aux plages de la Côte d’opale.

"Il y avait toujours un migrant avec moi qui m'indiquait la destination [...] Quand j'arrivais sur place, ils étaient au moins sept ou huit. Ils prenaient le bateau, le moteur, les pompes, les rames, les gilets de sauvetage, et je partais", a expliqué le chauffeur de taxi condamné.

Sur la période concernée par ce trafic franco-belge, 62 traversées clandestines de la Manche ont été tentées pour transporter au total près de 500 migrants, "majoritairement par des Iraniens et des Irakiens", d’après les chiffres de la préfecture du Pas-de-Calais.

Les tentatives de passage vers l'Angleterre font l'objet de nombreux trafics. En mars, deux Irakiens et un Iranien ont été reconnus coupables par le tribunal de Boulogne-sur-Mer d'avoir organisé sept traversées de migrants entre la France et le Royaume-Uni.

 

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