L'immeuble d'Estrémadure squatté par des migrants au Sud de Rennes. Crédit : capture d'écran Google Street view.
L'immeuble d'Estrémadure squatté par des migrants au Sud de Rennes. Crédit : capture d'écran Google Street view.

À Rennes, la justice a demandé l’évacuation d’un immeuble occupé depuis plus de six mois par des migrants. Une cinquantaine de personnes ont été relogées, mais d’autres ont pris leur place faute de solution d’hébergement, notamment pour les hommes célibataires.

La centaine de migrants qui occupe depuis la mi-octobre un immeuble appartenant au bailleur social Archipel Habitat à Rennes a obtenu un répit de deux mois. La justice a ordonné mercredi 29 mai l'évacuation de leur squat dans un délai de 60 jours.

"Nous avions très peur d’une expulsion immédiate", soupire Carole Bohanne de l’association Un toit c’est un droit à Rennes.

L'immeuble de 18 appartements, situé dans le quartier du Blosne, dans le sud de Rennes, est occupé depuis le 17 octobre par des personnes originaires principalement d'Afrique (Somalie, Angola, Erythrée), d'Asie et d’Europe de l'Est (Tchétchénie, Géorgie, Albanie, Azerbaïdjan ou encore d'Afghanistan).

De nouveaux occupants ont succédé aux familles relogées

Une cinquantaine d'habitants du lieu, les familles et les réfugiés statutaires, ont été relogés en urgence par la mairie et la préfecture après le 31 mars, fin de la trêve hivernale qui interdit toute expulsion d’un logement en France. Mais ils ont été très vite remplacés par de nouveaux occupants.

Aujourd’hui la plupart des habitants du squat sont des hommes célibataires, dont des demandeurs d’asile, mais aussi des déboutés du droit d'asile , des dublinés  et des primo-arrivants . Il y a aussi huit familles avec des enfants et quelques migrants très âgés et affaiblis.

>> À lire sur InfoMigrants : Reportage : à Nantes, un squat insalubre abrite plus de 250 migrants livrés à eux-mêmes

L’immeuble va devenir un centre d’hébergement d’urgence

Le bâtiment, qui a été loué pendant de nombreuses années aux sapeurs-pompiers professionnels, devait être restitué en novembre à Archipel Habitat pour être transformé en centre d'hébergement d'urgence. Mais il a été réquisitionné par un collectif rennais "Groupe logement du 14 octobre" dans le but de loger dans l’urgence des migrants qui dormaient dans la rue.

Le propriétaire de l’immeuble, Archipel Habitat, qui a une vocation sociale, a alors cherché une association pour signer une convention d'occupation permettant de légaliser la présence temporaire des habitants du lieu. Plusieurs conventions ont donc été signées jusqu’au 31 mars avec Habitat et Humanisme, un réseau d'association œuvrant pour l'insertion et le logement de personnes en situation de précarité.

Mais désormais, le bailleur social Archipel Habitat souhaite que le bâtiment soit libéré. Il a donc fait délivrer le 2 avril, par voie d'huissier, une assignation aux occupants, d’où la saisine par le tribunal de grande instance de Rennes qui demande l’évacuation dans deux mois.

La décision du tribunal est également assortie d’une amende. D’après le Groupe logement du 14 octobre, la justice a ordonné le versement d’une indemnité de 3 600€ par mois à compter du 1er juin. "Il est impossible et inacceptable de demander de payer à des personnes qui n'ont même pas un toit", a réagi le collectif.

Un deuxième immeuble va être récupéré par son propriétaire

L’association Un toit c’est un droit à Rennes redoute l’évacuation à venir, d’autant que d’autres conventions signées avec la ville de Rennes arrivent à échéance fin juin.

L’une d’entre elle porte sur un autre immeuble qui va être détruit à Rennes. Actuellement une centaine de migrants sont logés dans ce lieu. "La mairie a évoqué la possibilité d’ouvrir un gymnase pour les loger", indique Carole Bohanne, qui s’inquiète de la situation pour les occupants de cet autre bâtiment rennais. 

 

Et aussi