Un policier surveille les écrans de contrôle du centre de rétention du Mesnil-Amelot, en région parisienne. Crédit : Maëva Poulet/InfoMigrants
Un policier surveille les écrans de contrôle du centre de rétention du Mesnil-Amelot, en région parisienne. Crédit : Maëva Poulet/InfoMigrants

Selon plusieurs associations d’aide aux sans-papiers, la France est le pays européen qui enferme le plus d’étrangers en centres de rétention administrative (CRA). Les associations redoutent une aggravation de la situation depuis la loi Asile et immigration qui allonge la durée de rétention de 45 à 90 jours.

Les centres de rétention ont été "utilisés à plein régime" en 2018, avec "une détérioration des droits" des étrangers enfermés dans l'attente de leur éventuelle expulsion, soulignent les associations dans un rapport publié mardi 4 juin.

"L'année 2018 a été marquée par une utilisation importante de l’enfermement des personnes étrangères en centres de rétention administrative" (CRA), assurent les associations habilitées à intervenir dans ces lieux de privation de liberté (Assfam-Groupe SOS, ForumRéfugiés-Cosi, France Terre d'Asile, Cimade, Ordre de Malte, Solidarité Mayotte). 

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Au total, 45 851 personnes ont été placées en rétention l'an dernier (dont 26 614 en métropole), contre 46 800 en 2017, soulignent ces associations, qui dénoncent un "usage quasi systématique de la rétention par de nombreuses préfectures". Les principales nationalités en CRA sont algérienne (14,6%), albanaise (9,8%), marocaine (9,2%) et tunisienne (8,5%).

"La France demeure le pays européen qui a le plus recours à l'enfermement des personnes étrangères en vue de les éloigner", déplorent-elles.

"Remplir davantage les CRA"

Le gouvernement a décidé l'an dernier "d'accroître très fortement la capacité de ces lieux de privation de liberté" avec 480 places supplémentaires en métropole. Au total, le nombre des places en CRA est estimé à 1 550.

Un tel développement "n'avait plus été constaté depuis plus d'une décennie", assurent les associations.

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De plus "les préfets ont reçu pour instruction de remplir davantage les CRA", et "cet usage intensif de la rétention s'est encore accentué au second semestre et a généré des conséquences graves pour les personnes enfermées", selon le rapport.

Depuis plusieurs années, les ONG s'inquiètent également des transfert des dublinés, préalablement enfermés en CRA, ces personnes dont la demande d'asile dépend d'un autre pays européen. Ils risquent leur expulsion dans leur pays d'origine. Les ONG appellent cette pratique les renvois "par ricochet". 

"Il y a les expulsions directes et les expulsions par ricochet", expliquait la Cimade dans une précédente interview à InfoMigrants. En clair, les ONG déplorent les éloignements de centaines d'étrangers vers les autres États de l’Union européenne qui pratiquent des renvois vers le Soudan, par exemple, ou vers l'Afghanistan. 

Troubles psychiatriques et oisiveté 

Les associations déplorent enfin la dégradation psychologique et psychique des personnes enfermées, s’inquiètent des tentatives de suicide, des actes d’automutilation des personnes enfermées. "Les taux d’occupation [des personnes malades sont] très élevés [dans les CRA et] totalement inadaptés à leur prise en charge médicale", indique le rapport.

L’oisiveté dans les centres de rétention n’arrange rien. "Le fait que cette attente ne soit rythmée que par de trop rares occupations amplifie le caractère anxiogène de l’enfermement et les tensions qui peuvent en découler."

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La durée moyenne de rétention a "sensiblement" augmenté l'an dernier à 14,6 jours. Mais "le nombre de personnes enfermées durant plus de 30 jours a explosé, passant de 2 468 en 2016 à 4 432 en 2018", ajoute le rapport.

Les associations redoutent une aggravation de cette tendance en 2019 avec l'entrée en vigueur, le 1er janvier, de la loi Asile et immigration, qui a doublé de 45 à 90 jours la durée maximale de la rétention. Pour rappel, la durée de rétention maximale était de 10 jours en 1993.

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