Kristian Thulesen Dahl, le chef de fil du parti anti-immigration DF, lors des élections législatives du 5 juin 2019. Crédit : Reuters
Kristian Thulesen Dahl, le chef de fil du parti anti-immigration DF, lors des élections législatives du 5 juin 2019. Crédit : Reuters

Contrairement à la tendance extrême-droite qui prévaut en Europe, le Danemark vient de choisir une coalition de gauche lors des élections législatives, mercredi. Le parti anti-immigration a fait l’un des pires scores de son histoire.

France, Allemagne, Espagne, Italie, Hongrie, Autriche, Pologne… À l’heure où la plupart des pays européens voient une percée spectaculaire de l’extrême droite au pouvoir, au Danemark, une alliance de centre-gauche a remporté, mercredi 5 juin, les élections législatives.

Emmenée par le Parti social-démocrate dirigé par Mette Frederiksen, cette coalition qui n’est pas encore officialisée sera majoritaire au Folketing, le parlement danois. Le Danemark est le troisième pays nordique, après la Suède et la Finlande, à choisir un gouvernement de gauche en moins d'un an.

En face, le parti souverainiste de droite, anti-immigration, eurosceptique, s’est effondré. Dansk Folkeparti (le Parti du peuple danois ou DF) n’a obtenu que 8,7 % des voix, contre 21,3 % en 2015, soit son pire score depuis ses premières élections législatives en 1998.

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Le Danemark compte 5,6 millions d'habitants, dont 9,9% sont nés à l'étranger. Entre 2010 et 2015, le nombre de demandes d'asile a quadruplé pour atteindre 21 316.

En réaction à la crise migratoire de 2015, le gouvernement de droite sortant a rétabli les contrôles à ses frontières terrestres et a durci les déjà strictes conditions d'accueil, n'hésitant pas à refuser les réfugiés issus des quotas et à ne délivrer que des permis de séjours temporaires. Les allocations pour les étrangers ont également subi un fort coup de rabot.

Portée par le DF, la mesure, très symbolique, permettant la saisie des biens de valeurs des migrants entrant dans le pays n'a été utilisée qu’une dizaine de fois.

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Le DF est aussi à l’origine de la proposition de regrouper sur une île inhabitée des déboutés de l’asile qui ont un casier judiciaire en attendant leur expulsion, et ceux qui ne peuvent être renvoyés vers leur pays. Aménagé dans un ancien centre de recherches pour les maladies animales contagieuses, ce centre de rétention faisait, avant les législatives, encore l’objet de discussions pour une ouverture en 2021.

Au total, le Parti du Peuple danois, soutenu par le plus grand parti souverainiste du pays, se targue d'avoir fait adopter 114 amendements restreignant l'immigration. Des mesures qui semblent avoir porté leurs fruits : au premier trimestre 2019, seulement 620 personnes ont déposé une demande d'asile, le chiffre le plus bas depuis 2008.

D'après l'Eurobaromètre, 30% des Danois mentionnent l'immigration comme principale préoccupation, soit neuf points de plus que la moyenne européenne. Et les sociaux-démocrates fraîchement élus l’ont bien compris puisqu’ils ont promis, déjà lors de leur campagne, qu’ils maintiendraient le cap fixé en matière d’immigration.

Kristian Thulesen Dahl, le chef de fil du parti DF, a reconnu dès mercredi soir “une raclée électorale”, mais a assuré qu’il comptait “jouer les chiens de garde” au Parlement pour que Mette Frederiksen poursuive une politique d’immigration stricte.

 

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