Vue sur les montagnes depuis la ville de Briançon. Crédit : Mehdi Chebil
Vue sur les montagnes depuis la ville de Briançon. Crédit : Mehdi Chebil

Avec l’arrivée des beaux jours et des premières chaleurs, l’association "Tous Migrants" craint que les dangers liés à la traversée des Alpes soient sous-estimés par les exilés. Les températures restent glaciales la nuit en altitude.

L’association Tous Migrants, qui porte secours aux migrants dans les Alpes, est inquiète. Avec l’arrivée des beaux jours, les bénévoles craignent que les dangers liés aux traversées de la montagne entre l’Italie et la France soient sous-estimés par ceux qui tentent de passer par cette zone de montagne. Si, en hiver, le froid et la neige sont des obstacles évidents pour les migrants - souvent mal équipés -, l’arrivée des beaux jours n’est pas synonyme de sécurité.

"L’été, il y a des graves dangers en montagne", rappelle Michel Rousseau, un des membres de l’association. "Il y a des accidents terribles". Le premier d’entre eux : les températures. Michel Rousseau précise que la nuit, en altitude, les températures peuvent devenir glaciales. Les migrants empruntent souvent des chemins à travers des cols qui peuvent culminer jusqu’à 2 500 mètres, autour du col de l’Échelle notamment.

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"On s’inquiète car les phénomènes d’hypothermie ne sont pas rares en été"

"Les gens oublient souvent que l’on peut geler la nuit en montagne pendant les mois estivaux", ajoute le bénévole de Tous Migrants. L’écart de température entre le jour et la nuit peut surprendre. "Il peut faire très beau, très chaud en journée, et la nuit, on peut frôler les températures négatives. En une journée, on peut assister à un écart de 30 degrés".

Or, les migrants, souvent mal équipés, prennent encore moins de précautions quand il fait chaud : ils peuvent partir en tee-shirt, sans bonnes chaussures. Tous Migrants espèrent que les associations italiennes de l’autre côté des Alpes les préparent au trajet. "On s’inquiète car les phénomènes d’hypothermie ne sont pas rares en été. On espère qu’ils savent qu’il faut bien se couvrir", ajoute Michel Rousseau. "Mais parfois, les migrants passent entre les mailles du filet et ne sont pas conseillés".

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Risque d'orages, de noyades et de chutes dans les ravins

Michel Rousseau rappelle qu’il existe aussi d’autres dangers à prendre en compte l’été :

-         l’orage : ils sont assez fréquents lors des périodes de chaleur. Ils provoquent des éboulements, des glissements de terrain. "Sans oublier la foudre. En montagne, les êtres humains deviennent des cibles. Il y a un fort risque d’électrocution".

-         Les forts courants : avec les pluies, la fonte des neiges et les orages, les torrents aux abords des montagnes sont particulièrement dangereux. "L’année dernière, on a retrouvé le corps d’une jeune Nigériane, noyée dans la Durance. Les risques de noyade sont importants".

-         Les ravins : les risques de chutes sont élevés, "surtout quand il y a une course-poursuite avec la police. Les migrants prennent des risques, empruntent des sentiers escarpés".

Au mois de février, un migrant Togolais est mort de froid dans les Alpes, non loin de Briançon. Le corps du ressortissant de 28 ans a été repéré, vers 2 h 30 du matin par un chauffeur routier italien qui circulait sur la RN94. Le jeune homme gisait inanimé.

C’est le 4e décès en un an dans les Alpes. Le 25 mai 2018, un corps avait été découvert après la fonte des neiges sur le versant italien du Col de l’Échelle. Selon la police italienne, il avait passé tout l’hiver là. Quelques jours avant, le corps d’un Sénégalais a été découvert dans la montagne, vers Montgenèvre. Selon l’enquête, le migrant serait mort d’épuisement. Début mai 2018, c'est le corps d’une Nigériane qui a été repêché dans la Durance. La femme, qui fuyait un contrôle de police, est morte noyée.


 

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