Al Hassane Bah est décédé le 9 juin 2019 au camp d’Afrah, à Nador, au Maroc. Crédit : AMDH
Al Hassane Bah est décédé le 9 juin 2019 au camp d’Afrah, à Nador, au Maroc. Crédit : AMDH

Un migrant originaire de Guinée est décédé dimanche alors qu’il vivait dans un camp de fortune dans la région de Nador, au nord-est du Maroc. L’association marocaine des droits humains (AMDH) à Nador dénonce la pression policière subie par les migrants qui les empêche de se faire soigner, par peur d’être renvoyés dans le sud du pays.

Il avait entre 25 et 30 ans, était originaire de Guinée et rêvait d’Europe. Al Hassane Bah est mort dimanche 9 juin dans le campement sauvage d’Afrah, dans la région de Nador au nord-est du Maroc. C’est le troisième décès de migrant vivant en forêt depuis le début de l’année, selon l’association marocaine des droits humains à Nador (AMDH), contre cinq l’an dernier.

Entre 2 000 et 3 000 migrants dans la région de Nador

L’AMDH a comptabilisé 15 campements sauvages dans la région de Nador qui rassemblent entre 2 000 et 3 000 migrants.

"Les migrants manquent de tout : d’eau, de nourriture, de médicaments… et l’absence d’hygiène entraîne des maladies", signale encore Omar Naji.

De plus, la traque des autorités forcent les migrants à se terrer dans la forêt, même en cas de problèmes de santé. "Ils n’osent pas aller à l’hôpital car ils ont peur d’être arrêtés et refoulés vers le sud du pays", précise le président de l’AMDH Nador.

Le campement dAfrah  Nador Crdit  AMDHEn effet, depuis l’été dernier, le Maroc intensifie les déplacements forcés des migrants du nord vers le sud du royaume, afin de les éloigner des côtes et des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla. Les migrants sont arrêtés dans la rue, au travail ou même dans leur appartement et sont renvoyés par bus dans les villes du sud, notamment Tiznit et Safi. “On se sent comme des criminels, c’est invivable. Les gens ne peuvent même plus aller au travail, ils ont trop peur de sortir”, confiait en septembre à InfoMigrants Adama, un Ivoirien de 22 ans qui vit à Tanger. Selon plusieurs sources concordantes ces arrestations et refoulements sont toujours d’actualité.

"Les forces de l’ordre détruisent les camp et brûlent les affaires des migrants"

Les associations n’ont de cesse de dénoncer les violences commises lors de ces renvois. L’AMDH avait notamment publié une lettre ouverte mi-août pour alerter sur "l’usage excessif de la force et de la violence" lors des "campagnes systématiques" menées en "totale contradiction avec les obligations internationales du Maroc". Amnesty International dénonçait de son côté en septembre la "répression d’envergure" menée par les autorités marocaines envers les migrants, la qualifiant de "cruelle et illégale".

Rabat a annoncé en début d’année avoir arrêté 89 000 candidats à l’immigration illégale en 2018.

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Dans les campements aussi, les migrants subissent la pression policière. "Les forces de l’ordre ratissent les forêts où se cachent les migrants et les arrêtent. Puis, ils détruisent les camps de fortune et brûlent leurs affaires", déplore Omar Naji.

Sur sa page Facebook, l’AMDH Nador estime que "tous ces facteurs sont responsables des décès successifs en forêt". L’association demande un changement de la politique migratoire marocaine et l’ouverture d’une enquête pour éclaircir les circonstances de la mort d’Al Hassane Bah.

 

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