Un migrants sous une tente, à porte de la Villette, au printemps 2018. Crédit : InfoMigrants
Un migrants sous une tente, à porte de la Villette, au printemps 2018. Crédit : InfoMigrants

Dans un communiqué interassociatif, plusieurs collectifs d'aide aux migrants demandent à l'État français de ne pas mettre à la rue les réfugiés statutaires qui n'auraient pas trouver d'hébergement pérenne. Ces derniers, logés dans des centres pour demandeurs d'asile, ont, en théorie, trois mois pour quitter les lieux une fois la protection internationale obtenue.

Plusieurs associations, dont Emmaüs Solidarité et France terre d'asile, ont demandé la semaine dernière à l'État de laisser les réfugiés statutaires dans leurs centres d’hébergement – une fois qu’ils ont obtenu la protection internationale.

En effet, une fois l’asile obtenu - à l’issue d’une procédure à l’Ofpra ou à la CNDA -, le réfugié dispose de trois mois pour quitter le centre d’hébergement qu’il occupe. Ces centres, généralement reconnaissables à leur acronyme, comme les CadaHudaPradha…, sont réservés aux seuls demandeurs d’asile.

Bruno Morel, le président de Emmaüs Solidarité précise que la pression a augmenté depuis le début de l'année. "Début 2019, les CHUM [centres d'hébergement d'urgence pour migrants] sont devenus des Huda [des centres pour demandeurs d'asile, ndlr]... Et les Huda sont passés sous la tutelle du ministère de l'Intérieur qui exerce beaucoup de pression sur ses occupants". En d'autres termes, la place Beauvau envoie de plus en plus de notifications de "fin à des prises en charge" concernant des réfugiés, des dublinés, des déboutés du droit d'asile qui y résident. 

Au bout des trois mois écoulés, "certaines associations gestionnaires de centres reçoivent des instructions de l'État visant à remettre à la rue des ménages", se plaignent les associations. "La remise à la rue de personnes ne fait qu’alimenter le sans-abrisme et les campements indignes dans les métropoles. Elle est totalement contraire à la politique d’intégration des réfugiés pourtant promue comme une priorité nationale."

Les associations demandent donc qu’aucune personne réfugiée ne soit contrainte de quitter sa structure sans qu’une solution adaptée d’hébergement ne lui ait été proposée.

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Ces trois dernières années, près de 110 000 demandeurs d’asile ont obtenu le statut, selon France terre d'asile.

"Dans les CPH, il y a un intervenant social pour 10 réfugiés"

Très souvent, les réfugiés qui viennent d’obtenir leur statut ne trouvent pas d’autres logements. Ils n’obtiennent pas de places dans les seuls centres réservés pour eux : les CPH (centres provisoires d’hébergement), car ces derniers sont saturés. Selon la Cimade, il existe 7 000 places en CPH. "Dans les centres provisoires d’hébergement, il y a un intervenant social pour 10 réfugiés accueillis", précise Pierre Henry, le directeur de France Terre d’asile. "Un seul intervenant pour aider les réfugiés à s’insérer dans la société, à trouver un emploi… Il n’y a tout simplement pas assez de places". Et pas assez de roulement.

Beaucoup de réfugiés statutaires, qui disposent des mêmes droits que les citoyens français, ne savent pas non plus comment faire une demande de logement  auprès des offices HLM. Ils estiment que le parcours administratif français est trop complexe. Alors beaucoup restent dans les centres qu'ils avaient intégrés en tant que demandeurs d'asile.

Pour Pierre Henry, le directeur de France terre d’asile, la situation est critique. "Comme il n’y a pas assez de place pour le nombre de réfugiés en France, ils restent aujourd’hui dans des dispositifs d’hébergements d’urgence réservés aux demandeurs d’asile", explique-t-il. "Ils n’y trouvent pas l’accompagnement adapté à leur profil de réfugié".

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En Île-de-France, la "pénurie de places d'hébergement" est telle que beaucoup vivent dans des campements. Cet hiver, InfoMigrants a rencontré Yusuf, un réfugié somalien de 27 ans à la rue malgré son statut. “Être réfugié, ça ne garantit pas grand-chose finalement. J’ai dormi quelques temps dans le campement de l’avenue Wilson à Saint-Denis. On a été évacué par la préfecture pour être mis à l’abri. Une fois arrivé dans un gymnase, l'Ofii m’a dit que ce n’était que pour les sans-papiers ici, alors j’ai dû partir”, affirmait-il.

Pour la Cimade, le phénomène n’est pas nouveau. Depuis plusieurs années, on trouve des réfugiés statutaires à la rue dans les campements du 18e arrondissement ou à l’époque dans celui d’Austerlitz par exemple”.

Aurélie Radisson, directrice adjointe du Centre d'entraide du Secours Catholique pour les demandeurs d'asile et les réfugiés (Cèdre) à Paris, s’inquiète. "Cette situation est ubuesque, car il s’agit d’un public qui a particulièrement besoin de stabilité pour démarrer une nouvelle vie et accéder à l’emploi".

 

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