Capture d'écran de Facebook montrant des policiers arrêtant des migrants, à Médenine, en Tunisie.
Capture d'écran de Facebook montrant des policiers arrêtant des migrants, à Médenine, en Tunisie.

les forces de l'ordre ont dispersé "avec violence" une manifestation "pacifique" de migrants dans le sud de la Tunisie, à Médenine, jeudi. Ces derniers réclamaient de meilleures conditions de vie et des relocalisations vers l'Europe. Une association d'aide aux étrangers réclame leur libération.

Une dizaine de migrants ont été arrêtés jeudi 20 juin dans le sud de la Tunisie, à Médenine, alors qu'ils manifestaient pour demander à être accueillis en Europe, selon une ONG tunisienne, qui a dénoncé l'usage d'une force "excessive" par la police.

Dans un communiqué, le Forum tunisien des droits économique et sociaux (FTDES) - association qui aide, entre autres, les étrangers en Tunisie - a évoqué l'arrestation de "quelques migrants" et dénoncé l'usage d'une force "excessive" et de gaz lacrymogène par les forces de sécurité. "Les forces de l’ordre sont intervenues violemment", dénonce FTDES qui fait état de blessés.

Selon l’association, la manifestation était "pacifique" et menée par des migrants subsahariens qui demandaient à être accueillis dans un autre pays - en Europe.

Une femme présente dans la manifestation a témoigné sur Facebook. "Je suis Érythréenne, ça fait cinq mois que je suis là ! J'ai vu les forces de l'ordre forcer des personnes à monter dans leurs camionnettes". Un autre dénonce les violences policières. "On est en Tunisie ou en Libye ?", s'emporte-t-il. "J'ai voulu parler avec un policier et il m'a frappé ! Nous on réclame juste de partir d'ici ! On respecte l'État, on respecte les lois !"

Dix migrants arrêtés, selon le ministère de l'Intérieur tunisien

Sofiène Zaag, porte-parole du ministère de l'Intérieur, a indiqué de son côté que la police avait arrêté dix migrants ayant commis des "actes perturbateurs" lors de cette manifestation non autorisée.

FTDES a appelé les autorités tunisiennes à libérer toutes les personnes arrêtées et invité les organisations de l'ONU à "assumer leurs responsabilités" et à mettre en place "le maximum de capacités logistique, financière, juridique et diplomatique pour soutenir" ces migrants.

Deux journalistes présents sur place, qui ont filmé l’intervention sur Facebook, ont également été malmenés par les forces de l’ordre. "Le Forum condamne les attaques et les restrictions imposées aux journalistes dans l'exercice de leurs fonctions".

La Tunisie dispose d'un seul centre, géré par le Croissant-rouge à Médenine, pour accueillir les étrangers arrivés clandestinement.

>> À relire : En Tunisie, le découragement des migrants "abandonnés" de Médenine (3/4)

Environ 1 100 étrangers arrivés clandestinement sont installés à Médenine. Certains sont logés dans ce centre d'accueil, complètement débordé, avec deux fois plus de migrants que de lits, a indiqué à l'AFP le président du bureau régional du Croissant-rouge.

Le Croissant-rouge a exprimé plusieurs fois son souhait d'agrandir la capacité d'accueil du centre, créé en 2013, où les autorités envoient les étrangers arrêtés sur le chemin de l'Europe, près de la frontière de la Libye voisine ou dans les eaux territoriales de la Tunisie en Méditerranée.

Pour rappel, en Tunisie, les questions d’asile et de protection sont déléguées au Haut-commissariat pour les réfugiés de l’ONU (HCR). Bien que signataire de la convention de Genève de 1951 relative aux réfugiés, la Tunisie ne s’est pas dotée d’un cadre légal national nécessaire à son application.

 

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