Sekou Doumbouya, le Franco-Guinéen de 18 ans, a rejoint vendredi 20 juin la NBA. Crédit : InfoMigrants
Sekou Doumbouya, le Franco-Guinéen de 18 ans, a rejoint vendredi 20 juin la NBA. Crédit : InfoMigrants

La semaine dernière, à seulement 18 ans, Sekou Doumbouya a marqué l’histoire en devenant le premier Franco-Guinéen à intégrer la NBA - la meilleure ligue de basketball du monde. Arrivé en France à l’âge de neuf ans, le natif de Conakry est un talent précoce, qui a franchi les étapes de sa carrière à vitesse grand V.

Il est Franco-Guinéen, est âgé de 18 ans, mesure 2m06 et a mis un pied dans la prestigieuse NBA cette année. Son nom : Sekou Doumbouya. Choisi en 15e position par l’équipe des Detroit Pistons, l’ailier à peine majeur, est tout sourire ce jour-là. Nous sommes le jeudi 20 juin et le Franco-Guinéen est présent au Barclays Center de New York poul'annuelle cérémonie de la Draft.

Malgré son accession à la prestigieuse ligue américaine, Sekou est critiqué sur les réseaux sociaux. Ses détracteurs lui reprochent de s’être affiché ce jour-là avec le drapeau de la Guinée sur les épaules. Pour ces fans de basket, le geste est déplacé : pourquoi porter un drapeau de son pays de naissance alors qu’il est international français ?

Sekou Doumbouya, peu échaudé par ces critiques, a répondu par… un doigt sur la bouche et un sourire sur son compte Twitter. "Il est fier de ses origines, il est né en Afrique et s’il est fier d’être français, Sekou n’oublie pas d’où il vient. C’est la beauté de son histoire, il ne renie rien, il est un exemple pour la jeunesse française mais aussi pour la jeunesse guinéenne", explique son agent, Bouna N’Diaye.

Sekou Doumbouya dans les couloirs du Barclays Center de New York Crdit  InfoMigrants"Je ne remercierai jamais assez ma mère"

L’histoire de Sekou Doumbouya démarre à Conakry, en 2000. Dans la capitale, le jeune Sekou grandit en adorant un premier ballon, celui du foot, et rêve devant les buts du Syli National, la sélection nationale. "Je ne pensais qu’au football lorsque j’étais petit. C’est le sport national et à chaque fois que l’équipe nationale jouait, j’étais devant la télévision. Le football, ça a été mon premier amour", se souvient-il encore aujourd’hui.

Mais son destin ne prend pas le chemin de la balle au pied. À l’âge de neuf ans, il quitte le pays avec sa mère et ses sœurs, direction la France. Installé à Fleury-Les-Aubrais, en banlieue d’Orléans, la famille Doumbouya change de vie et essaye de se construire un avenir meilleur, à plus de 6 000 kilomètres de leur pays de naissance. "Il y avait quelques soucis en Guinée. Je voulais mettre mes enfants dans une situation où il n’y avait pas de danger, pour les protéger et leur offrir un avenir meilleur, où ils pouvaient choisir ce qu’ils allaient faire de leur vie", se remémore Mah Marie Keita, la mère de Sekou.

Les temps ne sont pas toujours faciles. Sans papiers pendant un temps, les Doumbouya se battent pour s’intégrer. Aujourd’hui, Sekou sait que le rôle de sa mère a été primordial dans sa vie. "Je voyais souvent ma mère revenir du travail fatiguée, avec un mal de dos et les jambes lourdes. Quelques fois, j’allais dans ma chambre pour pleurer, car tout n’a pas toujours été facile", précise le jeune basketteur, avant de lui rendre un hommage plus que mérité : "Je ne remercierai jamais assez ma mère. C’est une dame forte, un exemple. Elle nous a toujours soutenus et motivés à devenir de bonnes personnes et à nous battre pour atteindre nos rêves".

Repéré sur un terrain... de foot 

Pour échapper à un quotidien pas toujours facile, le jeune Sekou Doumbouya passe le plus clair de son temps libre à jouer au football.

Un jour, Benoist Burguet, un entraîneur de basket, le repère sur un terrain. Très grand et élancé, le jeune Guinéen ne passe pas inaperçu. Le coach voit davantage en lui un basketteur qu’un footballeur. Son intuition est bonne. "Ce jour-là, j’ai su que je pouvais l’aider à devenir un joueur de basket très spécial", sourit l’entraîneur.

Sekou se laisse séduire et commence les entraînements. Le constat de ses éducateurs est clair : Sekou est un prodige. Et il apprend très vite : appelé en sélections régionales de jeunes avec deux ans d’avance, il rejoint ensuite l’équipe de France des moins de 18 ans pour le championnat d’Europe 2016, quelques semaines après avoir obtenu son passeport français.

"Je n’oublierai jamais ce jour-là, c’est l’un des moments les plus émouvants de ma vie", se souvient-il.

"La Guinée sera toujours avec moi"

Il poursuit sa marche en avant et après un court passage au Pôle Sport Études d’Orléans, il signe dans l’équipe de Poitiers, en Pro B. Peu de temps après, il brise tous les records de précocité en disputant son premier match chez les professionnels à seulement 15 ans.

Sans surprise, Doumbouya finit par attirer l’attention des recruteurs NBA, qui font le déplacement en France pour assister à ses matches. Ils sont impressionnés par ses qualités sur le parquet.

Doumbouya sait qu'il touche du doigt son rêve d’intégrer la prestigieuse ligue américaine. Il continue de travailler d’arrache-pied. Il gagne quelques kilos de muscles et effectue des essais aux États-Unis lors des semaines qui précèdent la Draft pour convaincre les recruteurs de l’étendue de son talent. Jeudi 20 juin, son rêve s’est enfin concrétisé. Son nom a résonné en direct dans le Barclays center. Au micro, le président de la NBA, Adam Silver, confirme ainsi son entrée dans la Ligue.

Direction le Michigan et les Detroit Pistons. Depuis ce 23 juin, Sekou Doumbouya ne cesse de sourire. Et se dit fier d’être un exemple pour son pays d’origine. "Je sais que la jeunesse guinéenne me suit de près et j’ai hâte d’y retourner dans un avenir proche. J’y suis allé il y a deux ans, et les gens m’ont accueilli comme un enfant du pays. Ça m’a rendu heureux, très heureux. La Guinée sera avec moi, quel que soit l’endroit du monde où je me trouve".


 

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