La cantine de l'Université du Ghana à Accra / Crédit : Imago Images/D. Delimont
La cantine de l'Université du Ghana à Accra / Crédit : Imago Images/D. Delimont

Après avoir fui son pays d'origine, Marie, une jeune Ivoirienne du camp de réfugiés d'Ampain, au Ghana, raconte à InfoMigrants ses difficultés pour reprendre ses études. Dans l'immense camp où elle se trouve, les jeunes Ivoiriens, sans perspective d'avenir et sans possibilité d'aller à l'école, perdent rapidement l'envie d'étudier. Marie, elle, s'est accrochée.

"Quand je suis partie de Côte d'Ivoire, je ne pensais pas établir ma vie au Ghana". Marie a 26 ans quand elle se réfugie dans ce pays frontalier de son pays d'origine à la suite de la crise post-électorale de 2011. Avec plusieurs milliers d’autres ressortissants ivoiriens, sa famille atterrit dans le camp de réfugiés d’Ampain. Le site, géré par le Haut Commissariat des Nations unis pour les réfugiés (HCR), se trouve à une centaine de kilomètres seulement de la frontière ivoirienne.

Avant de tout quitter, Marie venait de terminer sa maîtrise en lettres modernes à Abidjan. Elle avait pour ambiance de travailler dans l’administration. "Je ne voyais pas ce que j’allais faire au Ghana, un pays anglophone, avec une formation en lettres modernes de français. Mon anglais n’était pas bon du tout. Je comprenais, mais ce n’était pas vraiment ça."

Les difficultés à se concentrer

Marie avait tout juste eu le temps de retirer une attestation de son passage à la faculté. Son vrai diplôme est toujours dans un tiroir à Abidjan. "Quand tu fuis, tu veux d’abord sauver ta vie. Tu ne penses pas au futur et, même quand tu penses au futur, tu ne te dis pas que tu resteras longtemps dans un camp de réfugiés. Tu penses partir une semaine ou deux et revenir quand quand le conflit se sera calmé. C’est dans cette optique là que je suis partie de Côte d'Ivoire."


Je me suis rendu compte que j’allais rester au Ghana plus longtemps que je ne pensais
 Marie

Le camp d'Ampain n'a pas d'école. Alors, pour ne pas laisser les élèves à l'abandon, les Ivoiriens du camp ont décidé de prendre eux même en charge l’éducation des enfants sur la base du programme ivoirien. 

Selon Marie, les enfants avaient rapidement perdu l’habitude de se concentrer. "L’environnement n'était pas vraiment propice pour leur faire comprendre que l’école, c'est important. Elle se souvient que certains jeunes de 18 ans ne dépassaient pas le niveau de 6ème. "Ça me faisait mal, d’autres jeunes à cet âge-là sont à l’université. Mais nous, nos enfants, nos petites frères, luttent toujours pour avancer."

Le temps a passé. Après deux ans, "je me suis rendue compte que j’allais rester au Ghana plus longtemps que je ne pensais", explique Marie.

Ce constat va la décider à reprendre ses études dans son pays d'accueil et à postuler pour une bourse d’études - qu’elle finira par obtenir. Pour trouver des débouchés, elle part vers Accra, la capitale ghanéenne, et s’oriente vers le secteur privé. En 2013, elle se lance dans un MBA, un master en business spécialisé en gestion des projets.

Une sensation de honte

En arrivant à l’université, Marie gardera le secret autour de son statut de réfugiée. "Je ne leur avais pas non plus dit que j’avais une bourse. Souvent je n’avais pas d’argent pour manger. Je devais trouver des excuses, alors je leur disais que je n’avais pas faim."

Malgré les difficultés d’intégration et sa situation financière précaire, Marie obtient son MBA en 2015. L’obtention de ce diplôme signifie aussi la fin de sa bourse d’études. Sans stage, sans travail et sans rentrée d’argent, elle décide de retourner au camps de réfugiés d’Ampain. "Il y avait l'enthousiasme de retrouver la famille mais rentrer sans travail, ça ne fait pas la joie des parents et ça ne vous remplit pas de fierté." 

L'entretien d'embauche

En 2017, elle rencontre une représentante du HCR et lui parle de sa situation. "Je lui ai dit que c’était comme si rien n'avait changé dans ma vie". Touchée par l'histoire de Marie, cette femme décide de l'aider. Grâce à elle, un an plus tard, Maris intègre un programme des volontaires des Nations unies au Ghana. 

La jeune femme est ensuite contactée par l’OIM (Organisation internationale pour les migrations) pour un entretien. "J’étais enceinte de 8 mois, précise-t-elle en souriant. Mais je me suis dit, les Nations Unies font la promotion de la femme alors ils ne devraient pas me disqualifier pour ça".

La chance finira par lui sourire. En juillet 2018, Marie devient assistante de projet à l’OIM pour développer des projets et aider des migrants à rentrer au pays. "Je fais du 'data entry' et du 'data processing' [de la gestion de données NDLR], explique Marie qui peine à expliquer son travail en français. Après 8 ans passés au Ghana, ce sont désormais les termes anglais qui lui viennent naturellement. 


 

Et aussi