Dans les campements de le porte d'Aubervilliers, les migrants ne disposent que d'un seul point d'eau. Crédit : Wasi Mohsin, InfoMigrants
Dans les campements de le porte d'Aubervilliers, les migrants ne disposent que d'un seul point d'eau. Crédit : Wasi Mohsin, InfoMigrants

Des centaines de personnes vivent dans les campements installés au niveau de la porte d’Aubervilliers, dans le nord de Paris. Avec la canicule qui touche la France, les tentes se transforment en fournaises et la vie y est plus dure que jamais.

Note de la rédaction : tôt jeudi matin, les campements ont été démantelés. Les hommes seuls ont été orientés vers des Centres d'accueil et d'examen de la situation (CAES) d’île-de-France et les familles vers des centres d'accueil de jour.

Le ballet des voitures est ininterrompu porte d’Aubervilliers, dans le nord de Paris. Le trafic routier contribue à réchauffer l’air déjà bouillant en ce mercredi 26 juin de canicule. Le long de la bretelle d’entrée du périphérique, des dizaines de tentes vertes ont totalement recouvert la pelouse.

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La température avoisine les 35 degrés et le ressenti dépasse les 40 degrés. Écrasé par la chaleur, le campement est silencieux. Dans les tentes, des migrants torse nus dorment ou tuent le temps sur leurs téléphones. Trois jeunes hommes en caleçon tentent d’improviser une douche après avoir tiré un tuyau d’arrosage par-dessus un mur de l’espace artistique la Station, un lieu de fête parisien.

Ce mince filet d’eau est le seul point de fraîcheur pour tous les migrants qui survivent dans les campements de la porte d’Aubervilliers. Il ne permet néanmoins pas à tous de boire et de se rafraîchir comme il le faudrait par des températures caniculaires.

Entre 700 et 1 200 migrants

Selon la Ville de Paris, entre 700 et 1 200 migrants dorment actuellement dans les campements situés entre la porte de la Chapelle et la porte d’Aubervilliers. De son côté, Utopia 56 estime qu’environ 360 tentes se trouvent dans le nord de Paris, entre la porte de la Villette et la porte de la Chapelle.

Dans les tentes la chaleur est devenue insoutenable avec la canicule Crdit  Dana Alboz InfoMigrants En milieu d’après-midi, comme tous les mercredis, l’association vient faire une distribution à proximité du campement de la porte d’Aubervilliers. "Cette semaine, en raison de la canicule, on distribue des verres d’eau en plus des kits d’hygiène et des t-shirts habituels", explique Amine Rafaa.

L’association tente également d’obtenir pour les migrants des gourdes distribuées par la mairie de Paris aux sans-abris pour la canicule mais elles tardent à arriver. Quelques jours avant le début de la vague de chaleur, la mairie de Paris avait également annoncé que les équipes de maraudes seraient renforcées "pour assurer une vigilance accrue et aller vers les personnes à la rue”. Par ailleurs, les horaires du centre d’accueil de La Chapelle ont été élargis pour permettre une ouverture "7 jours sur 7, avec une capacité de 400 douches par jour”.

Chaleur étouffante sous les tentes

Fatouma et Rokia sont venues récupérer de l’eau, du savon et des t-shirts. Installées sur le campement le plus éloigné du point d’eau, les jeunes Ivoiriennes sont enceintes. Fatoumata, moulée dans une robe en laine bleu marine qui lui tient affreusement chaud, en est à son huitième mois de grossesse.

Les deux femmes vivent avec leurs maris et les deux filles de Rokia sur l’un des campements de la porte d’Aubervilliers. "La chaleur y est étouffante en ce moment mais nous ne pouvons pas dormir hors des tentes", déplore Rokia. "Et, de toute façon, il vaut mieux dormir cachés car si on voit qu’une femme dort dehors, elle peut se faire attaquer", ajoute à ses côtés Fatouma.

Dans le campement, Ahmad*, Jamila* et leurs trois enfants n’envisagent pas non plus de dormir hors de leurs tentes. Cette famille marocaine vit depuis deux mois sur un bout de pelouse qui borde la bretelle de sortie du périphérique. Jamila montre du doigt les déchirures qu’ont provoqué sur leurs tentes des pierres lancées par d’autres migrants. "Parfois des hommes boivent beaucoup ici. Nous avons très peur", confie la jeune femme, le visage entouré d’un léger foulard clair.

"Je n’ai pas les moyens d’emmener mon fils à la piscine"

La chaleur est compliquée à gérer pour leurs trois enfants âgés de 11, 12 et 14 ans. "Youssef [le benjamin] me demande tous les jours d’aller à la piscine mais je ne peux pas l’y emmener, je n’ai pas les moyens", se désole Ahmad. D’autant plus que les parents, qui n’ont pas demandé l’asile, craignent "de se faire arrêter s’ils se déplacent".

Le seul endroit où la famille trouve un peu de répit c’est à l’Espace solidarité insertion (ESI) géré par Emmaüs solidarité dans le 15e arrondissement. Tous les jours, ils peuvent y prendre des douches et y laver leur linge.

Pour les parents comme pour les enfants, ce sont les nuits qui restent le plus difficiles. Le père et ses deux garçons dorment à trois dans une tente d’à peine un mètre de large. La mère partage une autre tente avec sa fille. Alors, bien souvent les nuits sont courtes. Pendant que les parents racontent leurs difficultés, le fils aîné s’est justement endormi derrière eux, terrassé par la chaleur et la fatigue.

*Les prénoms ont été changés

 

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