Un migrant quitte le centre de Tajourah, en Libye, le 3 juillet 2019. Crédit : Reuters
Un migrant quitte le centre de Tajourah, en Libye, le 3 juillet 2019. Crédit : Reuters

Le bombardement qui a touché mardi soir le centre de détention de Tajourah, à l’est de Tripoli, a fait de nombreuses victimes. Le bilan provisoire fait état d’une quarantaine de morts mais selon un migrant présent dans le centre avec qui InfoMigrants est en contact, "le nombre dépasse les 120".

Réunion d’urgence du Conseil de sécurité, demande d’enquête indépendante. Le bombardement meurtrier d’un centre de rétention de migrants en Libye mardi 2 juillet, a suscité un vif émoi de la communauté internationale, entraînant une avalanche de condamnations.

Le centre de Tajourah, à l’est de Tripoli, a en effet été touché par une frappe aérienne, attribuée aux forces de Khalifa Haftar, qui tentent depuis trois mois de s’emparer de la capitale. Près de 600 migrants étaient enfermés dans ce centre.

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"Il y a encore des corps sous les décombres"

Selon un premier bilan donné par les services de secours, au moins 44 migrants sont morts dans l’attaque et des dizaines d’autres blessés. Mais selon un migrant soudanais emprisonné à Tajourah avec qui InfoMigrants est en contact, le nombre de morts serait beaucoup plus élevé. 

"Le centre a été bombardé à deux reprises à cinq minutes d’intervalle. Dans la pièce touchée par les frappes, il y avait environ 160 personnes dont des femmes et des enfants. Je pense que le nombre de morts dépasse les 120, surtout qu’il y a encore des corps sous les décombres", explique le Soudanais. "Après le bombardement, nous nous sommes précipités pour retrouver les blessés, mais nous n’avons vu que quatre migrants sains et saufs. Le sang et les éclats d’obus étaient partout", continue-t-il.

Des dizaines de migrants ont t touchs suite au bombardement du centre de Tajourah Crdit  ReutersL’émissaire de l’ONU en Libye, Ghassan Salamé, a estimé dans un communiqué que ce "carnage" est susceptible de "constituer un crime de guerre". De son côté, l’Union européenne et plusieurs États européens ont demandé l’ouverture d’une enquête.

Réagissant sur Twitter, le chef du Haut-commissariat pour les réfugiés (HCR) a porté "trois messages clés : les migrants et réfugiés ne doivent PAS être en détention, les civils ne doivent PAS être des cibles, la Libye n’est PAS un lieu sûr pour un renvoi" des migrants.

Réactions internationales

Dans un communiqué, le gouvernement d’Union nationale (GNA) basé à Tripoli et reconnu par la communauté internationale a dénoncé un "crime odieux". Il a attribué l’attaque au "criminel de guerre, Khalifa Haftar", l’homme fort de l’est libyen qui mène depuis début avril une offensive pour conquérir la capitale.

Le GNA a accusé les forces pro-Haftar d’avoir mené une attaque "préméditée" et "précise" contre le centre de migrants.

Le bombardement n’a pas été revendiqué mais des médias pro-Haftar ont fait état mardi soir d’une "série de raids aériens" à Tripoli et Tajourah. La banlieue de Tajourah qui compte plusieurs sites militaires appartenant aux groupes armés pro-GNA, est régulièrement la cible de raids aériens des forces du maréchal Haftar. Le centre de Tajourah se trouve à quelques mètres d’un entrepôt qui stocke des armes.

Les agences de l’ONU et les organisations humanitaires rappellent régulièrement leur opposition à ce que les migrants arrêtés en mer soient ramenée en Libye où ils se retrouvent placés en "détention arbitraire" ou à la merci des milices.

Leur situation dans ce pays est devenue encore plus critique depuis le début de l’offensive militaire début avril du maréchal Haftar.

 

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