Abdelhaq, Tchadien de 23 ans, suit une formation d'apiculture avec l'aide de l'association Espero. Crédit : InfoMigrants
Abdelhaq, Tchadien de 23 ans, suit une formation d'apiculture avec l'aide de l'association Espero. Crédit : InfoMigrants

Abdelhaq est l’un des apprentis et bénévoles de l’association Espero qui forme des réfugiés et demandeurs d’asile à l’apiculture. Une joie pour ce jeune homme de 23 ans, venu du Tchad et exilé en France, qui touche enfin son rêve du bout des doigts. InfoMigrants l’a rencontré.

Sur le toit de la mairie du 17e arrondissement de Paris, une dizaine de personnes s’affairent, en cette matinée ensoleillée du 3 juillet. Encadré par l’un de leur professeurs, Ibrahim Karout, réfugié syrien installé en France depuis 2013, un petit groupe de réfugiés et de demandeurs d’asile se forme à la profession d’apiculteur grâce à l’association Espero.

Comme tous les apprentis, Abdelhaq a enfilé sa tenue de protection blanche. Attentif, il observe et écoute les conseils de son professeur. "Je faisais déjà un peu d’apiculture dans mon pays, le Tchad. Quand on m’a parlé d’Espero à mon arrivée en France, je n’y croyais pas ! Je suis très heureux de retrouver le contact avec la nature et les abeilles", se réjouit le jeune homme de 23 ans.

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Torturé au Tchad 

Derrière ce sourire, se cache un parcours jalonné par la souffrance. Abdelhaq a quitté son pays natal, le Tchad, pour la France où il est arrivé il y a quatre ans. "Je suis parti à cause de la situation politique, j’étais menacé car mes parents sont des opposants politiques", lance-t-il. Dès son adolescence, il a payé le prix fort de l’engagement politique de ses parents. Dans un centre de rétention tchadien, des policiers l’ont torturé, laissant sur son corps des traces physiques de ses blessures. Ses bourreaux l’ont ensuite menacé de mort pour qu’il en dise plus sur les relations de ses parents avec les rebelles tchadiens. Malgré la torture, Abdelhaq est resté silencieux et par chance, des rebelles ont libéré les prisonniers. 

Pour arriver en France, Abdelhaq a traversé plusieurs pays, dont la Libye, connue pour ses centres de détention, véritable enfer où les migrants sont maltraités, rançonnés, torturés. Il restera cinq ans en Libye avant de pouvoir atteindre l’Italie. Sur cette période Abdelhaq préfère ne pas s’étendre.

"En Italie, j’ai eu la chance de passer au travers des mailles du filet : je n’ai pas laissé mes empreintes là-bas, mais en France", raconte-il. D’après le règlement Dublin, Abdelhaq doit donc faire sa demande d'asile en France, le premier pays européen où il a été contrôlé.

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À son arrivée à Paris, le jeune homme a connu la rue et les centres d'hébergement bondés. Puis, il a eu la chance, grâce à une association, d’être accueilli par un couple de Français. "Je vis à Bagnolet (Seine Saint-Denis) dans une famille française. Ils sont très gentils avec moi", raconte Abdelhaq en souriant. Bouleversée par cette expérience d’accueil, la journaliste qui l’héberge, Julia Montfort, a d’ailleurs réalisé Carnets de solidarité, une web série documentaire sur l’exil. Le premier épisode, sorti en mars, est consacré à l’accueil d’Abdelhaq par le foyer.

Sa famille biologique, elle, est restée au Tchad. "Ma mère et ma sœur vivent discrètement là-bas. J’ai aussi un frère qui est parti au Niger", précise Abdelhaq. Son père, un ancien agriculteur spécialisé dans la culture de tomates et de maïs, est aujourd’hui décédé.

Dans l’attente de l’asile

En attendant d’obtenir son statut de réfugié et de revoir sa famille, Abdelhaq met toutes les chances de son côté pour s’intégrer en France. Il prend des cours de français et se rend tous les samedis à Bobigny pour suivre la formation Espero avec Ibrahim Karout. Pour les membres de l’association, le jeune Tchadien fait figure d’exemple : "Abdelhaq est très motivé, il apprend très vite le français. L’apiculture est une passion pour lui et il s’en sort très bien." 

Cette activité hebdomadaire, Abdelhaq voudrait même en faire son métier : "Pour le moment je suis élève et bénévole à Espero mais plus tard, si tout se passe bien, j’aimerais faire de l’apiculture mon métier."

 

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