Le nouveau Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis a prêté serment lundi 8 juillet 2016. Crédit  : Reuters
Le nouveau Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis a prêté serment lundi 8 juillet 2016. Crédit : Reuters

Le nouveau Premier ministre grec, Kyriakos Mitsotakis, élu dimanche promet de durcir la politique migratoire, notamment en renforçant les contrôles aux frontières et en ajoutant de nouvelles forces policières. InfoMigrants fait le point sur les mesures à attendre dans les prochaines années.

C’est un virage à droite qu’a pris la Grèce en élisant, dimanche 7 juillet, Kyriakos Mitsotakis comme nouveau Premier ministre. Son parti, les conservateurs de Nouvelle Démocratie (ND), a largement remporté les élections législatives avec 39,8% des voix, ce qui lui assure une majorité absolue au parlement.

Syriza, le parti de gauche du Premier ministre sortant, Alexis Tsipras, obtient 31,5% des voix et ne contrôlera désormais que 86 sièges des 300 sièges de la Vouli, le parlement monocaméral. Le parti néo-nazi Aube dorée qui était entré au Parlement grec en 2012 et avait renforcé sa présence en 2014 s’est totalement effondré avec moins de 3% des suffrages. Plus aucun député de cette formation ne siègera.

“Des frontières efficacement gardées”

Ancien banquier passé par harvard et fils d’ancien Premier ministre, Kyriakos Mitsotakis, promet à son pays un "bond en avant" pour sortir définitivement de l’austérité, des emplois, moins de bureaucratie, des "discussions franches" avec l'Union européenne pour alléger le fardeau de son pays et plus de sécurité.

Si les questions migratoires sont incluses dans ce dernier point, celles-ci n’ont pas semblé occuper une place de choix durant la campagne, laissant les migrants déjà sur place dans l’incertitude quant à leur avenir. “

Pour autant, Nouvelle Démocratie décline, dans son programme, huit mesures pour répondre aux défis de l’afflux de migrants vers la Grèce. “Nos frontières seront efficacement gardées, les procédures d’asile iront vite et ceux qui n’ont pas droit à la protection rentreront immédiatement dans leur pays d’origine. Ceux qui resteront dans notre pays vivront dans des conditions d'humanité et de dignité”, résume le parti sur son site internet. Les mesures phares proposent :

  • Des reconductions à la frontière turque pour les déboutés de la demande d’asile.
  • De renforcer les contrôles aux frontières, notamment en utilisant des équipements techniques de pointe pour la surveillance des frontières et en intensifiant les patrouilles maritimes en coopération avec l'Union européenne.
  • De mettre en place des centres temporaires d’accueil où, dans un délai de six semaines au plus tard, la procédure de demande d’asile sera achevée.
  • De créer des classes d’accueil spéciales dans les écoles afin que les enfants de réfugiés statutaires puissent être intégrés en douceur au système éducatif grec.

Devant l’afflux continu depuis 2015 de migrants en provenance d’Afrique et du Moyen-Orient, le système grec de demande d’asile est arrivé à saturation et les délais d’attente peuvent aller jusqu’à deux ans. Les centres d’accueil et les camps sont bondés, laissant quelque 16 000 migrants survivre dans des conditions sanitaires déplorables, notamment dans les îles de Lesbos, Chios, Kos, Samos and Leros. La Grèce a déjà été épinglée plusieurs fois par de grandes ONG internationales comme Amnesty pour le traitement des migrants sur son sol. Encore récemment, Human Rights Watch parlait d’une “urgence totalement oubliée” par la communauté internationale.

“Nous avons toutes les raisons d’être inquiets”

Dans un entretien accordé au Monde avant le scrutin, Kyriakos Mitsotakis reconnaît que “la situation est dramatique”, notamment sur l'île de Samos où il était en visite il y a quelques jours. “C’est incroyable qu’un gouvernement de gauche qui se prétend sensible aux droits des migrants ait laissé plusieurs hot spots [centres d’enregistrement de l’Union européenne] dans des conditions horribles. Ce n’est pas acceptable. Il y aura donc une meilleure utilisation des fonds européens pour gérer cette situation”, a-t-il déclaré, promettant de plaider lors des prochains conseils européens la création “d’une une force européenne de protection aux frontières.”

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Le nouveau Premier ministre prévoit aussi de mieux appliquer l’accord en vigueur depuis le printemps 2016 entre l’UE et la Turquie : “La procédure d’asile est très longue. Nous voulons changer cela. Quelqu’un qui s’est vu offert la protection internationale en tant que réfugié a tout à fait le droit de rester en Grèce et sera le bienvenu. Mais si une personne n’a pas droit à cette protection internationale, elle doit être renvoyée en Turquie. C’est le seul moyen pour que ces îles ne soient pas débordées.”

Des annonces “pas assez concrètes” pour Jackie Abhulimen, chercheuse chez Generation 2.0, une ONG composée de jeunes migrants qui travaillent pour la promotion de l’égalité au sein de la société grecque. “Bien que nous soyons encore dans le vague puisque le Premier ministre vient tout juste de prêter serment, les conservateurs ont été plutôt clairs sur leur position quant aux questions migratoires et la situation s’annonce bien plus hostile qu’avec le précédent gouvernement. Nous avons toutes les raisons d’être inquiets.”

Pendant la campagne, Generation 2.0 a mis en place un questionnaire à l’intention de tous les partis démocratiques engagés concernant l’intégration et le traitement des migrants et des réfugiés en Grèce. “Nouvelle Démocratie est la seule formation qui n’a pas souhaité répondre au questionnaire. Cela a renforcé notre sentiment d’inquiétude puisqu’on ne sait pas à quoi s’attendre”, conclut-elle.

 

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