Les migrants de Tajourah ont rejoint Tripoli à pied après avoir été libérés du centre. Crédit : DR
Les migrants de Tajourah ont rejoint Tripoli à pied après avoir été libérés du centre. Crédit : DR

Environ 300 migrants ont été libérés mardi du centre de Tajourah, en Libye, par les gardes libyens. Livrés à eux-mêmes sans eau ni nourriture, ils ont parcouru 45 km à pied afin de rejoindre le centre de relocalisation du HCR à Tripoli. L’agence onusienne se dit débordée et demande aux autorités libyennes de leur trouver un nouveau centre pour les accueillir.

Une partie des migrants qui étaient restés enfermés dans le centre bombardé la semaine dernière à Tajourah, en Libye, ont été libérés mardi 9 juillet par les autorités. "Les gardes ont ouvert la porte permettant à environ 300 personnes de s’enfuir", explique à InfoMigrants Ahmed*, un migrant qui se trouvait dans le centre de Tajourah.

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Juste avant cette libération, le Haut-commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR) devait prendre en charge 55 migrants - considérés comme les plus vulnérables de Tajourah. Mais l’ensemble des migrants ont protesté. "Nous avons dit au HCR qu’il devait s’occuper de tout le monde", raconte Abdo*, un autre migrant de Tajourah, joint par InfoMigrants. Soit les 300 migrants étaient pris en charge par l'ONU, soit personne ne sortait du centre.

Selon Abdo, les gardes libyens auraient alors pris la décision d'ouvrir les portes, lassés par les pourparlers et le manque de solutions. 

Un groupe d'environ 300 personnes a pris la fuite en fin d’après-midi mardi, et s’est dirigé vers le centre de relocalisation du HCR à Tripoli, parcourant ainsi 45 km à pied sans eau ni nourriture.

"On est arrivés à Tripoli vers minuit après plusieurs heures de marche", précise Ahmed. "On est entrés dans le centre du HCR et on a dormi par terre".

Selon Paula Barrachina, membre du HCR en Libye, l’agence onusienne a fourni aux migrants des vivres, une assistance médicale ainsi que des vêtements. Mais Ahmed et Abdo affirment n’avoir rien reçu. "Nous n’avons pu parler à personne", insiste Ahmed.

Les migrants ont rassembl leurs affaires et ont march jusqu Tripoli Crdit  DR 

Le centre de relocalisation du HCR a une capacité de places limitées de 700 personnes et est destiné à un public vulnérable. "Nous hébergeons déjà près de 500 personnes, la venue spontanée de 300 nouveaux migrants est difficile à gérer", assure Paula Barrachina à InfoMigrants. "On cherche des solutions au plus vite pour répondre à leurs besoins".

L’objectif de l’agence onusienne est de relocaliser dans un pays tiers (généralement le Tchad ou le Niger) les survivants du bombardement du centre de Tajourah, mais les centres sont également saturés dans les pays qui accueillent les migrants de Libye.

En attendant, le HCR demande aux autorités libyennes "d’identifier un lieu pour [héberger] les réfugiés qui ont quitté Tajourah au lieu de les maintenir dans le centre de transit qui est une structure destinée aux plus vulnérables et dont une solution hors de la Libye a déjà été trouvée", écrit l’agence dans un communiqué.

Une cinquantaine de personnes est toujours bloquée dans le centre de Tajourah, principalement des femmes et des enfants. Selon les informations recueillies par InfoMigrants, ces migrants auraient eu peur de prendre la route, seuls, sans protection. Le HCR affirme à InfoMigrants qu’une équipe devait revenir au centre mercredi après-midi afin d’extraire les personnes dites vulnérables.

Le raid aérien survenu mardi 2 juillet à Tajourah a causé la mort de 53 migrants et fait plus de 130 blessés. Mais selon les migrants avec qui InfoMigrants est en contact, le bilan est "beaucoup plus élevé et pourrait dépasser la centaine de morts".

*Les prénoms ont été modifiés

 

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