Cédric Herrou chez lui à Breil sur Roya. Crédit : Mehdi Chebil
Cédric Herrou chez lui à Breil sur Roya. Crédit : Mehdi Chebil

Le militant “pro-migrants” Cédric Herrou a lancé la première communauté Emmaüs paysanne de France, dans son exploitation agricole de la vallée de la Roya, dans le sud de la France. Une manière de donner une activité rémunérée à des personnes en situation d’exclusion.

Cédric Herrou, agriculteur et militant chevronné de la vallée de la Roya, a pris la tête, le 4 juillet, d’une communauté paysanne du mouvement Emmaüs, la première du genre en France. “Emmaüs Roya” est composée de sept personnes : deux Français, dont un SDF, ainsi que des réfugiés et demandeurs d’asile de nationalité iranienne, sierra léonaise, érythréenne, sénégalaise et guinéenne. Le but du projet : miser sur le travail de la terre pour accompagner ces personnes en situation d’exclusion.

“Cela faisait longtemps qu’on cherchait des activités pour les personnes qui restaient à la maison”, explique Cédric Herrou à InfoMigrants. “Je n'osais pas les faire travailler dans mon exploitation de peur de me faire attaquer pour travail dissimulé. Et puis, j’ai découvert que Emmaüs permettait de mettre sur pied des communautés grâce au statut OACAS (Organismes d'accueil communautaire et d'activités solidaires).”

Tous les acteurs du projet sont logés, nourris et blanchis au sein de l’exploitation de Cédric Herrou à Breil-sur-Roya, village des Alpes-Maritimes collé à la frontière italienne. Ils seront aussi rémunérés.

“Grâce au statut OACAS, il est possible de fournir aux membres d’une communauté autosuffisante un pécule et une prise en charge de cotisations sociales”, se réjouit Cédric Herrou.

“Chaque personne reste le temps qu’elle veut”

Chez Emmaüs Roya, ce pécule s’élève à 350 euros par mois pour chaque membre, “la somme moyenne de ce qui se fait dans les communautés Emmaüs”. Le projet a bénéficié de l’aide financière des fondations Lilian Thuram, BioCoop, Nature et Progrès, Léa Nature, de l’association Insolite bâtisseur, du photographe Yann-Arthus Bertrand et du cinéaste Louis-Julien Petit, réalisateur du film “Les Invisibles”. “Il n’y a pas de durée de séjour déterminée. Chaque personne reste le temps qu’elle veut”, précise par ailleurs Cédric Herrou.

>> À relire : Long-format : "Roya, l'insoumise", une vallée française prend fait et cause pour les migrants

“Pour l’instant”, le chef d’exploitation peut accueillir huit personnes dans le cadre de ce projet. Les membres d’une telle communauté devant être hébergés individuellement, cinq “maisonnettes” et trois caravanes ont été mises à disposition de ces visiteurs pas comme les autres.

Les tâches à accomplir ne manquent pas dans l’exploitation. Outre 800 oliviers répartis sur 5 hectares, Cédric Herrou dispose d’un demi hectare de terrain en maraîchage et d’un poulailler. “Cette nouvelle activité me permet par ailleurs de me recentrer sur mon métier, l’agriculture”, ajoute celui qui précise que les membres de sa communauté viennent de tous horizons professionnels.

Baisse des migrants dans la vallée de la Roya

En parallèle, Cédric Herrou, qui a été condamné à une amende par le tribunal correctionnel de Nice en mars 2017 pour avoir apporté de l'aide à des migrants, continue à accueillir des personnes de passage. Il note toutefois une baisse importante du nombre de migrants arrivant chez lui d’Italie, une situation qu’il attribue en partie à des difficultés de passage accrues en Libye. 

Quarante neuf migrants ont été hébergés chez lui depuis le début de l’année, contre 319 en 2018, et 1 325 en 2017.

Il y a un an, ses avocats sont parvenus à annuler sa condamnation en obtenant une décision historique du Conseil constitutionnel validant le principe de fraternité. Cédric Herrou doit être rejugé par la cour d'appel de Lyon, à une date qui n'a pas encore été fixée.

 

Et aussi