Des chambres pour hommes dans le centre de rétention de Mesnil-Amelot. Crédit : Maëva Poulet, InfoMigrants
Des chambres pour hommes dans le centre de rétention de Mesnil-Amelot. Crédit : Maëva Poulet, InfoMigrants

Depuis mercredi dernier, deux tentatives de suicide et trois menaces de suicide ont secoué le centre de rétention administrative (CRA) de Mesnil-Amelot, près de l’aéroport Paris-Charles-de-Gaulle. Selon la Cimade, l’allongement des conditions de rétention accroît le désespoir des retenus de ces lieux.

En moins d’une semaine, le centre de rétention administrative (CRA) de Mesnil-Amelot, situé à proximité de l’aéroport Paris-Charles-de-Gaulle, a été le théâtre de deux tentatives de suicide et de trois menaces de tentatives de suicide, a annoncé, jeudi 11 juillet, l’association la Cimade.

Le 3 juillet, un Libanais de 41 ans, soigné pour des troubles psychiatriques, s’est intoxiqué en avalant une dose de médicaments qu’il avait amassés pendant plusieurs jours. Après avoir été hospitalisé, l’homme a été placé en cellule d’isolement. "Dans ces cellules, on est seul 24 heures sur 24", commente Hortense Gauthier, intervenante de la Cimade dans le CRA. “Il a également été menotté et on lui a même mis un casque, pour le protéger de lui-même.” Dimanche, une décision de justice rendue par le tribunal de grande instance de Meaux a ordonné la libération de l’intéressé.

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Le même jour, un retenu tunisien, enfermé depuis le 31 mai dans l’enceinte du CRA, a, à son tour, tenté de se suicider, en avalant un coupe-ongles et une quinzaine de pièces de domino. Ce migrant de 36 ans, connu lui aussi pour des troubles psychiatriques, avait déjà tenté de mettre fin à ses jours il y a plusieurs mois en se jetant dans la Seine. Plusieurs jours avant sa nouvelle tentative, il s’était déclaré en grève de la faim. Il a lui aussi été placé en cellule d’isolement, toujours selon la Cimade.

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Par ailleurs, trois hommes ont menacé mercredi 10 juillet de sauter du toit d’un bâtiment sur lequel ils étaient parvenus à monter. L’un d’eux, un Marocain âgé de 22 ans, a placé sa tête dans des fils de fer barbelés, tandis que les deux autres criaient : “Il n’y a pas de justice, où est la justice ?”.

“Une détresse extrême contre laquelle on ne peut rien”

En réaction à ces incidents, la Cimade a décidé mercredi d’exercer un droit de retrait de ce CRA pour une durée de trois jours. L’association est normalement présente quotidiennement dans l'enceinte du centre. “La situation est d’une ampleur peu connue, estime Hortense Gauthier. Il y a beaucoup de personnes avec des profils psychiatriques qui sont fragiles et ne sont pas compatibles avec un enfermement. L’accès aux soins est par ailleurs très, très défaillant. Et avec l’allongement de la durée de rétention, c’est de pire en pire.”

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La loi Asile et Immigration, adoptée en septembre 2018, a permis d’allonger la durée maximale de 45 à 90 jours dans les centres de rétention, où sont enfermées les personnes non-autorisées à séjourner sur le territoire français et destinées à être renvoyées.

“Cette mesure a amené beaucoup de désespoir dans les CRA. Les retenus sont dans une détresse extrême contre laquelle on ne peut rien faire”, indique encore Hortense Gauthier.

Le 21 juin, un feu a également ravagé l’un des bâtiments du CRA après que des détenus ont brûlé des matelas. Mais la situation de crise semble s'étendre au-delà des murs du Mesnil-Amelot : dans le CRA de Vincennes, en région parisienne, une cellule avait déjà pris feu de la même manière, le 8 juillet. Par cet acte, les retenus entendaient protester contre leurs conditions d’enfermement.

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