L'une des capitaines du Sea Watch 3, Carola Rackete, accoste à Lampedusa, en Italie, le 29 juin 2019. Crédit : Reuters
L'une des capitaines du Sea Watch 3, Carola Rackete, accoste à Lampedusa, en Italie, le 29 juin 2019. Crédit : Reuters

S’attirant les foudres de l’extrême droite italienne, la ville de Paris a annoncé un don de 100 000 euros pour l’ONG SOS Méditerranée, qui prévoit de reprendre “le plus vite possible” ses opérations de sauvetage en mer. Les deux capitaines du Sea Watch 3, poursuivies en justice en Italie, ont par ailleurs été décorées.

La mairie de Paris a fait montre de son engagement en faveur des migrants, vendredi 12 juillet. La Ville a annoncé qu'elle verserait une aide d'urgence de 100 000 euros à SOS Méditerranée "pour une nouvelle campagne de sauvetage en mer des migrants". L’association, dont le navire de sauvetage l’Aquarius n’a plus pris la mer depuis décembre 2018 pour des raisons judiciaires et administratives, est en “recherche active” d’un nouveau bateau pour reprendre ses opérations de sauvetage “le plus vite possible”. Alors que l’ONG souhaite se doter d’un nouvel équipage et d’une unité de soins d'urgence, ce don est le bienvenu.

L’Aquarius, dont nous étions locataires, nous coûtait 11 000 euros par jour, et c’était un excellent rapport qualité prix. On sait déjà que le prochain navire nous coûtera quelques milliers d’euros de plus par jour”, réagit Julie Bégin, en charge de la communication à SOS Méditerranée, qui précise ne pas connaître la date de reprise des opérations. Aucune information n'est par ailleurs disponible concernant le pavillon sous lequel le futur bateau de secours voguera.

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La mairie de Paris avait déjà subventionné l’ONG à hauteur de 25 000 euros en 2016 et de 30 000 en 2018. “On est très heureux de voir que la ville de Paris nous renouvelle son soutien”, ajoute Julie Bégin. Autre preuve de la bonne entente entre la capitale française et l’ONG : mi-juin, les pelouses du Champs de Mars, aux pieds de la Tour Eiffel, ont été mises à disposition de l’artiste Saype, qui a créé une vaste fresque en hommage à la mission de SOS Méditerranée.

"Carola Rackete et Pia Klemp, porteuses des valeurs européennes"

Par ailleurs, la mairie a remis la médaille Grand Vermeil - "la plus haute distinction de la ville de Paris", précise la municipalité, dans un communiqué - aux capitaines du bateau Sea Watch 3, Carola Rackete et Pia Klemp, toutes deux poursuivies par la justice italienne pour avoir sauvé des migrants en mer Méditerranée. La Ville entend ainsi réaffirmer son "soutien aux femmes et hommes qui œuvrent au sauvetage des migrants au quotidien". 

"Des associations comme SOS Méditerranée et Sea-Watch nous honorent et nous obligent face à l'inertie des gouvernements européens", a estimé l'adjoint à la maire de Paris chargé des relations internationales, Patrick Klugman. "Carola Rackete et Pia Klemp sont les emblèmes de ce combat, porteuses des valeurs européennes auxquelles la ville de Paris appelle une nouvelle fois notre continent à rester fidèle."

Carola Rackete, 31 ans, a été arrêtée fin juin pour avoir accosté de force dans le port de Lampedusa, en Italie, afin de débarquer 40 migrants qui se trouvaient à bord du navire depuis plus de deux semaines. Accusée d'aide à l'immigration clandestine, elle sera jugée le 18 juillet devant le tribunal d'Agrigente, en Sicile. L’autre capitaine, Pia Klemp, qui a également sauvé de nombreuses vies en Méditerranée, reste poursuivie par la justice italienne.

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"Nouvelles provocations intolérables de Paris"

Du côté des autorités italiennes, ces décisions de la ville de Paris ont suscité une levée de boucliers. Matteo Salvini, le ministre italien de l'Intérieur et dirigeant du parti d'extrême droite La Ligue, a asséné samedi de vives critiques envers la France. "Hypocrisie française", a lancé l'homme fort du pays sur son compte Twitter, ironisant sur le fait que la France n'avait répondu à aucun des appels à l'aide lancés par la militante allemande désormais présentée comme une "héroïne". Lui-même s'était opposé au débarquement des 40 migrants en juin.

"Les Français s'engagent avec une ONG qui fait de la politique en Italie et avec une personne qui a heurté une vedette de la police financière, mettant en danger la vie des militaires italiens", a-t-il encore accusé.

De son côté, Giorgia Meloni, dirigeante du petit parti italien d'extrême droite Fratelli d'Italia, a exprimé sa forte désapprobation envers la politique parisienne en boycottant la réception du 14 juillet qui se tenait à l'ambassade de France à Rome.

"Outre le fait d'honorer la commandante de Sea-Watch, Paris donne 100 000 euros à l'ONG SOS Méditerranée pour de nouvelles missions de sauvetage. Bien, je présume que ces missions se concluront toutes dans les ports français, c'est juste ?", s'est-elle interrogée sur son compte Facebook, dénonçant de "nouvelles provocations intolérables de Paris". 

Une vingtaine de membres de Fratelli d'Italia ont pour leur part manifesté en fin d'après-midi devant l'ambassade à Rome, au moment où arrivaient des personnalités politiques italiennes. 

 

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