L'Ocean Viking de SOS Méditerranée et MSF a pris la mer le 18 juillet 2019. Crédit : Anthony Jean / SOS Méditerranée
L'Ocean Viking de SOS Méditerranée et MSF a pris la mer le 18 juillet 2019. Crédit : Anthony Jean / SOS Méditerranée

Après l’Aquarius, un nouveau navire humanitaire affrété par les ONG SOS Méditerranée et Médecins Sans Frontières sillonne désormais la Méditerranée centrale à la recherche de migrants en détresse.

Il aura fallu sept mois à SOS Méditerranée et Médecins Sans Frontières (MSF) pour reprendre la mer depuis l’arrêt de l’Aquarius fin 2018. Les deux ONG ont annoncé dimanche 21 juillet la reprise de leurs activités de recherche et de sauvetage des migrants en Méditerranée.

Baptisé Ocean Viking, le nouveau navire humanitaire sous pavillon norvégien fait cap depuis le 18 juillet vers la Méditerranée centrale -devenue la route migratoire maritime la plus meurtrière au monde. “Ce bateau est celui de tous ceux qui refusent de rester sans rien faire. Selon l’OIM, au moins 20 000 personnes sont mortes noyées en Méditerranée ces cinq dernières années”, rappelle SOS Méditerranée dans un communiqué de presse.

Les deux ONG estiment qu’il est “impératif de retourner en mer” à l’heure où les autres navires humanitaires sont quasiment tous immobilisés et où les pays de l’Union européenne (UE) ne parviennent pas à s’accorder sur un mécanisme de répartition et d’accueil des migrants rescapés. “Les unités navales de l'opération européenne Sophia ont quitté la zone et les États européens mènent toujours une intense campagne de criminalisation à l'encontre des navires opérés par la société civile. Surtout, il n'y a toujours pas de mécanisme de débarquement coordonné, durable et partagé, comme le requiert le droit maritime”, explique Frédéric Penard, directeur des opérations de SOS Méditerranée.

En outre, depuis le début de l'année, l'OIM a dénombré au moins 426 décès en Méditerranée centrale, les migrants tentant d'échapper à l'escalade des violences en Libye et aux conditions de vie déplorables dans les centres de détention du pays.

Une clinique à bord et une trentaine de membres d’équipage

"[L'Ocean Viking] a quitté la mer Baltique jeudi soir. On est en route. On doit faire des tests, faire encore une escale. On pense être dans la SAR zone en août", a indiqué Frédéric Penard, directeur de SOS Méditerranée lors d'une conférence de presse à Paris lundi.

Long de près de 70 mètres, l’Ocean Viking a été construit en 1986. Il servait auparavant de navire d’approvisionnement et de sauvetage pour l’industrie gazière et pétrolière en mer du Nord. “Son grand pont arrière découvert a permis à SOS Méditerranée et MSF d’y installer un ensemble de conteneurs spécialement aménagés pour abriter et soigner les rescapés”, indiquent les ONG. Le navire dispose également de quatre canots et d’une clinique médicalisée avec plusieurs salles de consultation, de triage et de repos.

L’équipe de SOS Méditerranée en charge des opérations de recherche et de sauvetage se compose de 13 personnes : un coordinateur des opérations, un coordinateur adjoint, 9 marins-sauveteurs, un chargé de communication et un chargé de recherche et de documentation. 

Du côté de MSF, neuf personnes chargée de subvenir aux besoins médicaux et humanitaires des rescapés rejoignent l’équipage : quatre praticiens (un docteur, deux infirmières, une sage-femme), un logisticien, un médiateur culturel, un chargé d’affaires humanitaires et un responsable de la communication. L’équipe est dirigée par un coordinateur de projet. Neuf autres personnes composent l’équipage maritime du bateau, employées par l’armateur.

Le bateau peut prendre en charge 200 à 300 personnes dans de bonnes conditions. "Mais ça pourrait être plus s'il y a des gens en détresse en mer", assure SOS Méditerranée.

Chaque journée de mer coûte 14 000 euros, selon SOS Méditerranée qui appelle aux dons. Au terme de près de trois ans en mer, l'Aquarius, qui a secouru 30 000 migrants, avait été contraint de cesser ses activités en décembre 2018, successivement privé de son pavillon de Gibraltar puis du Panama.

"Le navire n'est pas pensé pour tenir des semaines en mer"

Depuis début juillet, le navire humanitaire allemand Alan Kurdi est parvenu à secourir plus d'une centaine de personnes acheminées jusqu'à Malte. Le Sea Watch 3, quant à lui, est toujours immobilisé après avoir forcé l’entrée dans les eaux territoriales italiennes à l’initiative de la capitaine Carola Reckete.

Sur ce sujet, la position du Ocean Viking est claire : "Nous appelons les États européens à respecter le droit maritime pour débarquer les personnes dans des ports sûrs et européens", a commenté Sophie Beau, co-fondatrice de SOS Méditerranée, lors de la même conférence de presse. Or, "le navire n'est pas pensé pour tenir des semaines en mer. Nous devons toujours débarquer les migrants le plus rapidement possible", ajoute Frédéric Penard, directeur de SOS Méditerranée.

"Ces gens en mer, on les ramasse en petits morceaux. On veut leur offrir une solution à terre. C'est important qu'on puisse les débarquer rapidement", poursuit Joanne liu, président de MSF. 

L’Europe toujours divisée sur l’accueil des migrants rescapés 

Réunis jeudi à Helsinki, les ministres de l'Intérieur de l'Union européenne ne sont pas parvenus à s'entendre sur un "mécanisme de solidarité" visant à mettre fin à l'errance des bateaux interdits de faire débarquer des migrants secourus en Méditerranée centrale.

"Les choix faits seulement à Paris et à Berlin, ça suffit. L'Italie n'est plus disposée à accepter tous les immigrants qui arrivent en Europe", a déclaré dimanche Matteo Salvini dans un message sur Facebook accompagnant une lettre adressée à son homologue français Christophe Castaner. "La France et l'Allemagne ne peuvent pas décider de politiques migratoires en ignorant les demandes des pays les plus exposés comme nous et Malte", ajoute le ministre, et patron de l'extrême droite alors que l'Europe est toujours divisée sur la politique d'accueil des migrants.

 

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