Paul, un Ivoirien dubliné en Angleterre. Crédit : InfoMigrants
Paul, un Ivoirien dubliné en Angleterre. Crédit : InfoMigrants

InfoMigrants a pu entrer en contact avec Paul, un demandeur d'asile ivoirien qui vit à Manchester, en Angleterre, depuis le mois de juillet 2017. La vie y est très dure pour les "dublinés", comme lui, et les sans-papiers, explique-t-il. Travailler dans l'illégalité y est risqué et "beaucoup de gens finissent à la rue, sans aides".

Je m’appelle Paul*, je suis Ivoirien, et je suis arrivé à Londres, en Angleterre en juillet 2017.

Un ami français m’a proposé de me prêter sa carte d’identité pour passer en Grande-Bretagne. On se ressemble. J’ai pris sa carte, je suis monté dans un OuiBus à Paris Bercy et je suis arrivé à Londres.

Je n’ai pas eu à payer un passeur ou à traverser la Manche, j’ai eu de la chance. Quand je suis arrivé dans la capitale, j’ai dormi une journée dans la rue, je ne savais pas quoi faire. Puis j’ai cherché une connexion internet dans un bar et j’ai regardé quelles associations pouvaient m’aider.

J’ai trouvé une association qui aide les sans-abri. Je suis allé les voir. Ils avaient une traductrice. Je leur ai expliqué ma situation et ils m’ont conseillé d’aller directement m’enregistrer comme demandeur d’asile. Ils m’ont payé un taxi pour me rendre dans un centre dédié à Croydon, dans le sud de Londres [à l’Asylum Screening Unit (Unité de filtrage des demandeurs d’asile), ndlr]. J’ai attendu 5h puis j’ai eu un entretien de 10 minutes et un relevé d’empreintes.

Paul un demandeur dasile dublin devant le parlement anglais  Londres Crdit  InfoMigrants"J’ai peur des contrôles"

J’ai été transféré dans un centre d’accueil à Liverpool, puis à Manchester. Cinq semaines plus tard, j’ai reçu une lettre des autorités : ils me disaient que j’étais dubliné, que je ne pouvais pas demander l’asile en Grande-Bretagne.

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Le lendemain, j’ai reçu une autre lettre. Je n’ai pas compris, les autorités me disaient d’aller pointer tous les 15 jours dans un centre d’immigration, appelé Dallas court, à Manchester [Home Office Dallas Court Reporting Centre, ndlr]. Je devais le faire pour continuer à être hébergé dans un centre d’accueil officiel et percevoir une allocation de 35 livres par semaine [environ 38 euros/semaine].

Tout est devenu très compliqué, ensuite. Ici, tout est très compliqué quand on n’a pas de papiers. J’ai traversé des moments de désespoir. Cela fait deux ans, que je suis dans une impasse administrative, je ne sais pas quoi faire. Je ne fais qu’attendre. Il ne se passe rien.

"Je ne peux pas conseiller aux migrants de venir ici. C’est trop dur"

Je travaille mais je n’en ai pas le droit. Je fais des petits boulots en prenant l’identité d’un ami en situation régulière. L’employeur n’y voit que du feu. Je crains les contrôles. Je travaille de nuit, souvent. La journée, comme ça, je peux rester dans le centre d’hébergement au cas où des agents de l’immigration viendraient faire des contrôles à l’improviste. Si je ne suis pas là quand ils viennent, ils peuvent se poser des questions. S’ils savent que je travaille, je risque gros.

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J’ai des amis qui ont été déboutés de leur demande d’asile en Angleterre et expulsés du territoire. Je connais aussi des gens qui ont bénéficié du retour volontaire, tellement ils craquaient. Ici, il faut le dire aux migrants qui veulent venir, tout est compliqué. Il ne faut pas se voiler la face. Je ne peux pas leur conseiller de venir. Travailler, c’est difficile, se loger, c’est difficile. Ce n’est pas comme la France ici. Si tu n’as des amis pour t’aider, tu es à la rue.

* Le prénom a été changé à la demande de l'intéressé.

 

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