Le socialiste Martial Beyaert a succédé à Damien Carême comme maire de Grande-Synthe le 3 juillet 2019. Crédit : Ville de Grande-Synthe / Facebook
Le socialiste Martial Beyaert a succédé à Damien Carême comme maire de Grande-Synthe le 3 juillet 2019. Crédit : Ville de Grande-Synthe / Facebook

Important point de passage vers l’Angleterre, la ville de Grande-Synthe, où sont bloqués des centaines de migrants sans-abri, vient d’élire un nouveau maire, le socialiste Martial Beyaert. Celui-ci compte poursuivre la politique migratoire de son prédécesseur mais plaide pour l’évacuation d'un gymnase de la ville abritant des centaines de migrants. Entretien.

Difficile de s'imposer après le médiatique Damien Carême connu pour ses mesures écologiques ambitieuses et ses prises de position farouches en faveur des migrants. Mais Martial Beyaert, le nouveau maire de la ville de Grande-Synthe, dans le nord de la France, est confiant et affirme vouloir maintenir le cap fixé par son prédécesseur en matière d’asile et d’immigration.

Située à une quarantaine de kilomètres au nord de Calais où se trouvait la fameuse “jungle”, la ville de Grande-Synthe voit affluer depuis des années un grand nombre de migrants désireux de se rendre en Angleterre. Actuellement, ils sont environ 900 à vivre dans la ville, principalement à l'intérieur d'un gymnase qui ne compte que 200 à 300 places. Beaucoup ont élu domicile dans des tentes placées tout autour du bâtiment. 

Camp Grande-Synthe. Crédit : Solidarity borderOuvert par Damien Carême en janvier dernier pour mettre les migrants sans-abri à l’abri du froid, le gymnase sera évacué le mois prochain par la sous-préfecture du Nord, sur initiative de Martial Beyart. De quoi inquiéter les migrants et les associations qui craignent que toutes les mesures entreprises par Damien Carême pour protéger les migrants soient défaites par le nouvel élu.

InfoMigrants s’est entretenu avec Martial Beyaert pour faire le point sur ses projets et ses idées en matière d’immigration.

InfoMigrants : Comment définiriez-vous votre politique migratoire à Grande-Synthe ?

Martial Beyaert : Tout change, rien ne change. Mon premier engagement c’est de poursuivre la politique pour laquelle nous avons été élus en 2014 avec Damien Carême. Ici à Grande-Synthe nous avons une tradition d’accueil, les gens sont venus de partout, de Pologne notamment. Aujourd’hui, ils viennent du Moyen-Orient ou d’Afrique. 

Notre but est de continuer à travailler pour mieux accueillir mais aussi mieux informer les candidats à l’exil. Beaucoup n’avaient aucune idée des conditions de vie ici ou de celles qui les attendent en Angleterre.

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Dès les premiers jours de mon mandat, j’ai réussi à rouvrir le dialogue avec les services de l’État, les associations ainsi qu’avec la Communauté urbaine de Dunkerque, qui possède le terrain du gymnase où vivent actuellement près de 900 migrants. Ces acteurs ne s’asseyaient plus à la même table et ne s’entendaient pas sur les décisions à prendre, c’est donc déjà un progrès d’avoir renoué le dialogue.

Maintenant, le sentiment général de tous les acteurs, c’est que la situation et les conditions d’accueil sont non-satisfaisantes. Il faut trouver une solution pour les 900 personnes qui se trouvent au gymnase et les quelques dizaines d’autres dans la forêt du Puythouck.

InfoMigrants : Vous dites vouloir poursuivre la politique de l’ancien maire Damien Carême, pourtant vous avez plaidé pour l’évacuation du gymnase ouvert par votre prédécesseur ? Cette évacuation est-elle la solution, selon vous ?

M.B. : Oui. Les évacuations ne sont pas nouvelles. Par le passé, nous avons déjà eu cinq ou six mises à l’abri globales gérées par la préfecture. Il faut évacuer le lieu occupé et prendre en charge chacun des migrants et chacune des familles présentes sur place.

Je constate une véritable saturation des équipes municipales qui gèrent la sécurité au gymnase et qui ne sont pas formées à travailler avec cette population en difficulté, malgré tout le cœur qu’ils mettent à l’ouvrage. Il y a aussi un sentiment de saturation et d’épuisement de la part des associatifs et des migrants eux-mêmes qui doivent survivre dans des conditions sanitaires et sociales très difficiles. Nous nous sommes toujours battus pour ne pas laisser les gens dans des conditions indignes et c’est ce que je compte poursuivre.

Une famille kurde-irakienne sur le campement du gymnase de Grande-Synthe mi-juillet 2019 Crdit  Mehdi Chebil  InfoMigrantsActuellement au gymnase, on ne peut pas faire semblant de ne pas voir les commerces illicites qui se sont installés à l’arrière de la bâtisse. C’est intolérable. D’autant plus qu’on sait bien qu’une partie des migrants qui travaillent dans ces commerces sont sous la botte de réseaux de passeurs.

Alors oui, on veut accueillir et on refuse de voir des personnes en errance dans notre ville mais on sait aussi que les lieux de fixation permettent aux passeurs de faire du business. On ne peut pas laisser ces lieux devenir une zone de non-droit. La mise à l’abri globale me paraît donc être la meilleure solution.

En tant que maire, je suis également conscient de ma responsabilité par rapport aux riverains. Avec le gymnase qui déborde, il y a des problèmes sanitaires et des nuisances sonores que je ne peux pas ignorer.

InfoMigrants : En évacuant le gymnase, ne craignez-vous pas que Grande-Synthe devienne comme Calais avec des mini-camps de migrants démantelés tous les jours par la police ?

M.B. : L’État m’a donné sa parole : tout va être fait pour que des camps ne se reforment pas. Le sous-préfet m’a aussi assuré que les mises à l’abri se feront dans les Hauts-de-France pour éviter que les migrants soient éparpillés partout en France et cherchent à revenir à tout prix à Grande-Synthe.

Si des camps se reforment, nous aurons besoin d’un conventionnement avec l’État pour une nouvelle prise en charge des migrants ou bien pour ouvrir une structure d’accueil provisoire.

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J’ai confiance en la parole de l’État pour que l’évacuation et la mise à l’abri se passent de façon sereine. Même chose pour le département qui a la charge des mineurs isolés. Cela dit, je ne suis pas naïf, je compte être très attentif au bon déroulement des événements. Nous jugerons sur les résultats.

 

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