Des migrants évacués de squats à Bordeaux dans le hall de la Bourse du travail. Crédit : Ovale Citoyen
Des migrants évacués de squats à Bordeaux dans le hall de la Bourse du travail. Crédit : Ovale Citoyen

À Bordeaux, plusieurs squats hébergeant des migrants et demandeurs d'asile ont été démantelés ces dernières semaines. Pour les associations, ces démantèlements successifs sont de plus en plus difficiles à gérer en période caniculaire.

Un squat où des migrants et des demandeurs d'asile avaient trouvé refuge a été évacué, à Bordeaux, mercredi 24 juillet, vers 9h30 du matin. Il s'agit du cinquième démantèlement depuis le début du mois de mai, dans l'agglomération bordelaise. 

L’évacuation a eu lieu "sous décision de justice à la demande des propriétaires" et concernait "une trentaine de personnes", a indiqué la préfecture de la Gironde à InfoMigrants. D'après les associations présentes sur place, le nombre d'évacués est plus élevé : entre 50 et 120 personnes seraient concernées. 

Ce démantèlement est intervenu dans une période de canicule très marquée à Bordeaux : la ville a battu son record de chaleur mardi 23 juillet, date où un autre squat a été délogé. 

"Nous réfutons le fait qu’il puisse y avoir des expulsions en pleine période caniculaire. Ces personnes expulsées vont devoir se déplacer dans des conditions encore plus précaires qu'en temps normal", dénonce Aude Saldana-Cazenave, coordinatrice régionale pour Médecins du monde (MdM). 

"Je veux démanteler le plus grand nombre possible de squats"

La semaine précédente, la préfète de Bordeaux, Fabienne Buccio, a assuré avoir "une solution [d'hébergement ou de relogement] pour chacune des personnes". "Je n'évacue pas un squat si je n'ai pas de solution derrière", a t-elle ajoutée. 

"Je veux en démanteler le plus [grand nombre] possible", a encore martelé la préfète qui occupait cette fonction dans le Pas-de-Calais lors du démantèlement de la fameuse "jungle" de Calais en 2016. "Franchement, j'ai trop vu de choses à Calais, je sais que [l'évacuation] c'est la solution", dit-elle.

Quatre mineurs délogés mardi 23 juillet ont été confiées au Service d'accueil et d'évaluation des mineurs non accompagnés (SAEMNA), relevant du département. Quant aux migrants évacués le lendemain, la préfecture de la Gironde a assuré qu'ils ont été "reçus, mercredi après-midi, par les services de Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii) pour proposer une solution adaptée à chacun".

Médecins du Monde assure, de son côté, que ces occupants, en grande majorité des Sahraouis demandeurs d'asile ou apatrides, "se sont rendus dans d’autres squats des alentours, déjà occupés par des personnes d’origine sahraouie".

Des stocks d'eau supplémentaires

Pour les autres migrants présents à Bordeaux, la canicule est une nouvelle épreuve dans leur quotidien. À la Bourse du travail, un vieux bâtiment municipal géré par la CGT, où environ 70 personnes viennent dormir, Aude Saldana-Cazenave de MdM constate que "des piqûres d'insectes se surinfectent avec la chaleur". Elle déplore aussi l'apparition de "maladies dermatologiques" et de "pathologies liées à la grande précarité", comme des cas de "gale" notamment véhiculés par une literie contaminée. Elle assure que cette situation est prise en charge et que "les patients sont mis sous traitement". 

À cause de la nourriture "moins bien conservée" en raison de la chaleur, la responsable associative souligne également que certains migrants connaissent des problèmes digestifs. 

Malgré ces mauvaises conditions d'hygiène, Aude Saldana-Cazenave n'a pas constaté de cas de déshydratation sévère. "Nous assistons à un mouvement de solidarité énorme des citoyens qui participent à un afflux de dons", précise-t-elle. "Des militants de partis de politique ont mis en place des collectes d’eau donc, je pense que le stock d'eau sera suffisant pour tenir jusqu'à la fin de la canicule, vendredi", ajoute Jean-François Puech, de l'association Ovale citoyen, qui vient en aide aux sans-papiers. 

Le Conseil départemental, qui a ouvert son hall climatisé aux migrants, mardi 23 juillet, en raison des fortes chaleurs, fournit aussi de l'eau. Mais les associations expliquent que les migrants refusent parfois de s'y rendre. "Il faut leur expliquer que là-bas, ils ne risquent rien. Mais même s'ils ont des papiers, ils ont peur de la police et de l'État parce qu'ils viennent de se faire expulser. Ils sont traumatisés", résume le militant Jean-François Puech.

Pouvoir se doucher reste également très compliqué : seul l'Athénée libertaire, un petit local culturel bordelais, laisse "une douche à disposition" et MdM regrette qu'il n'y ait pas "plus de douches publiques" à Bordeaux. 

 

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