REUTERS/Kemal Aslan | Des passants marchent devant une boutique syrienne, dans le quartier Kucukcekmece à Istanbul, 5 juillet 2019
REUTERS/Kemal Aslan | Des passants marchent devant une boutique syrienne, dans le quartier Kucukcekmece à Istanbul, 5 juillet 2019

Depuis le 12 juillet, la police turque a arrêté plus de 6 000 migrants, dont une majorité de Syriens, vivant à Istanbul de manière "irrégulière".

Avec notre correspondante à Istanbul, Anne Andlauer

C’est la première fois que la Turquie prend de telles mesures, alors qu’elle accueille depuis des années plus de trois millions et demi de Syriens, dont près de 550 000 à Istanbul.

Beaucoup d’observateurs font le lien avec la défaite du parti du président Recep Tayyip Erdogan, lors des élections municipales à Istanbul en juin. L’accueil des Syriens s’était imposé comme un sujet majeur de préoccupation chez les électeurs.

Les mesures de fermeté du gouvernement

Ces derniers jours, les Syriens d’Istanbul qui ne se sont pas enregistrés évitent de sortir de chez eux. Ils craignent d'être renvoyés en Syrie. Les récents coups de filet, inédits depuis l’arrivée des premiers réfugiés il y a huit ans, interviennent sur fond de montée du sentiment anti-Syriens. Ils surviennent également un mois après le revers du parti au pouvoir à l’élection municipale d’Istanbul.

Selon le chercheur Omar Kadkoy, spécialisé dans ces questions, il y a un lien direct : "Le gouvernement, avec ces mesures de fermeté et son application stricte des règles à l’encontre des Syriens qui ne sont pas enregistrés, envoie un message pour dire : 'Même si nous avons perdu les récentes élections municipales, nous gardons le contrôle'".

Un statut fragile pour les Syriens de Turquie

Pour le chercheur, les arrestations illustrent également la fragilité du statut des Syriens de Turquie. Légalement, ils ne sont pas réfugiés, mais sous "protection temporaire". Ils ne sont pas complètement libres de leur déplacement : un Syrien "enregistré" à Gaziantep, par exemple, doit rester à Gaziantep. Il n'est pas autorisé à se déplacer sur le territoire turc. 

Cette semaine, la préfecture d’Istanbul a lancé un ultimatum aux Syriens qui vivent dans la mégapole alors qu’ils sont enregistrés dans une autre province : ils ont jusqu’au 20 août pour quitter Istanbul.

"Le statut de protection temporaire ne mène personne nulle part… Nous souffrons d’un manque de politiques d’intégration", explique encore Omar Kadkoy.

De leur côté, les autorités démentent avoir renvoyé des Syriens dans leur pays, alors que plusieurs ONG affirment avoir recensé des dizaines de cas. "Ces personnes, nous ne pouvons pas les expulser [...] Lorsque nous attrapons des Syriens qui ne sont pas enregistrés, nous les envoyons dans des camps de réfugiés", a déclaré le ministre de l'Intérieur Süleyman Soylu dans une interview avec la chaîne turque NTV.

Texte initialement publié sur : RFI

 

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