Des migrants à Calais, le 18 juillet 2019. Crédit : Mehdi Chebil
Des migrants à Calais, le 18 juillet 2019. Crédit : Mehdi Chebil

Enfermé depuis la mi-juin au centre de rétention de Coquelles, un Irakien de 32 ans en situation irrégulière est menacé d’expulsion vers son pays. Muni de son passeport, refusant de demander l’asile, il risque un renvoi "imminent".

Un Irakien de 32 ans, originaire de Khanaqin, en Irak, dans la région du Kurdistan, risque d’être renvoyé dans son pays d’origine. Arrivé à Calais le 18 juin 2019, l’homme a été arrêté cinq jours plus tard à Calais, et conduit au centre de rétention administrative (CRA) de Coquelles, dans le Pas-de-Calais.

"Quand il est arrivé au CRA, les équipes de France Terre d’asile l’ont rencontré. Il semblait dans le déni. Il ne voulait pas demander l’asile", explique Nadia Bebtaoui, la responsable du service d’aide aux étrangers retenus pour France Terre d’asile (FTA). "Il semble persuadé que la France ne l’expulsera pas". Début juillet, un premier vol est programmé pour son expulsion. L’homme refuse d’embarquer, et retourne au CRA.

Refuser un vol n’est pas un droit, expliquait à InfoMigrants au mois de mai, Nicolas Pernet, le responsable rétention Ile-de-France pour La Cimade. Selon la loi, se soustraire à un éloignement forcé est un délit, puni d’emprisonnement. Toutefois, "dans les faits il y a une tolérance des autorités".

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"Le fait qu'il ait un passeport accélère la procédure de renvoi, pas besoin d'un laissez-passer consulaire"

Fait notable : l'homme en question a des papiers d'identité sur lui, son passeport irakien. "Le fait qu'il soit 'identifiable' accélère la procédure de renvoi", précise Nadia Sebtaoui de France Terre d’asile. "Il est donc documenté. Pas besoin de demander un laissez-passer consulaire. II suffit à l'État français de lui acheter un billet d’avion".

L’Irakien de 32 ans souhaitait se rendre en Angleterre où, selon FTA, il aurait des proches. Le tribunal administratif de Lille a confirmé son OQTF (obligation de quitter le territoire français). "Il est hautement probable que cet homme soit renvoyé", ajoute FTA. Un deuxième vol, programmé le 25 juillet, n’a pas eu lieu. France Terre d’asile ne connait pas les raisons de ce départ différé.

Utopia 56, l'association d'aide aux migrants, compte se mobiliser contre cette expulsion, quitte à se rendre à l’aéroport d'où part le vol. "Ce qui est important aujourd'hui, c'est d'empêcher ce renvoi ! La France expulse vers le Soudan, vers l'Érythrée et vers l'Irak. Mais où va-t-on !", s'insurge Gaël Manzi, un des membres de l'association. 

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Le retenu est enfermé dans le CRA de Coquelles depuis 38 jours. Pour rappel, la durée maximale en centre de rétention administratif est de 90 jours.

Ce n’est pas la première fois que la France renvoie des Irakiens. "Cet homme a affirmé être en grave danger là-bas" affirme Nadia Sebtaoui de France Terre d’asile. En 2018, 10 personnes ont été expulsées vers l’Irak, selon un rapport inter-associatif (Cimade, France Terre d'asile, Ordre de Malte...). La même année, la France a également renvoyé dans leurs pays d'origine 12 soudanais, 7 Iraniens et 3 Afghans.

En 2018, dans le CRA de Coquelles, 40% des personnes retenues ont été renvoyées dans leur pays. "La grande majorité étaient des Albanais", précise France Terre d’asile.

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Au CRA de Coquelles dans le Pas-de-Calais la majorit des retenus taient Albanais en 2018

 

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