Laissé à l'abandon, le collège Maurice Scève a été investi par des migrants, qui espèrent une régularisation de leur situation administrative. Crédit : Capture d'écran Google Maps
Laissé à l'abandon, le collège Maurice Scève a été investi par des migrants, qui espèrent une régularisation de leur situation administrative. Crédit : Capture d'écran Google Maps

Occupé depuis dix mois, le collège lyonnais Maurice Scève, squat où vivent 300 migrants, est menacé d'évacuation, à la suite de la vente du bâtiment à Vinci immobilier. La préfecture du Rhône n'a, pour le moment, pas prévu de solution de mise à l'abri pour ses occupants, qui sont majoritairement des jeunes demandeurs d'asile, en attente de réponse de l'Ofpra.

Entre 250 et 300 migrants ont trouvé refuge dans le collège lyonnais Maurice Scève, désaffecté depuis cinq ans et propriété de la Métropole de Lyon. 

La grande majorité d'entre eux sont des jeunes demandeurs d'asile, âgés de 18 ans à 25 ans, venus d'Afrique noire (Guinée, Mali, Cameroun, Nigeria) tandis que les autres migrants sont des mineurs isolés. 

Cela fait près de dix mois, depuis septembre 2018, qu'ils occupent ce lieu, situé au cœur du quartier de la Croix-Rousse. Les jeunes ne sont pas laissés à l'abandon, même si d'après Médecins du Monde, les conditions de vie restent "précaires". 

Le squat est aménagé depuis l'automne par la Métropole de Lyon qui y a installé des douches et des toilettes. Des associatifs, rattachés à Médecins du Monde, Coordination Urgence Migrants (CUM) ou encore à l'Action pour l'insertion par le logement (Alpil) peuvent compter sur l'aide de nombreux citoyens et riverains qui se relaient chaque jour pour venir en aide à ces jeunes désœuvrés. 

Une promesse de vente signée avec Vinci aujourd’hui en suspens

Mais depuis quelques mois, le sort de ce squat est devenu incertain. Mercredi 24 juillet, une audience opposant les avocats des migrants à celui de la Métropole a eu lieu au tribunal de grande instance de Lyon pour décider de l'avenir des occupants du lieu. Car, début juin, la Métropole de Lyon a, en effet, signé une promesse de vente du collège à Vinci immobilier. Un projet de rénovation aujourd'hui bloqué par la présence des migrants sur les lieux. 

Me Marie-Noëlle Fréry, qui défend les migrants, estime, de son côté, qu'une expulsion immédiate provoquerait une "catastrophe humanitaire" : "Si on casse ce lieu, 300 jeunes seront envoyés dans la rue. Parmi eux, certains ont des problèmes psychologiques à cause de ce qu'ils ont vécu, pendant leur exil ou dans leur pays d'origine."

À l'audience, l'avocate a demandé un délai de 18 mois au juge des référés, un laps de temps qui "pourrait permettre le traitement de la demande d'asile" de ces jeunes. Me Marie-Noëlle Fréry assure que "la plupart de ces jeunes n'ont pas encore été convoqués à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra)". "Au lieu de les expulser, il faudrait traiter les dossiers d'asile. Au moins, l'administration donnerait une réponse à ces jeunes qui n'en peuvent plus d'attendre", ajoute-elle. 

La question du relogement, au même titre que l'évacuation, reste en suspens. La Métropole de Lyon se défend en expliquant que le relogement ne relève pas de ses prérogatives : "La Métropole a fait sa part : elle a installé des préfabriqués et des sanitaires mais c'est au préfet de trouver des solutions d'hébergement", soutient Me Paul-Richard Zelnati. 

Contactée par InfoMigrants, la préfecture du Rhône explique qu'elle "agira uniquement dans le cadre de la décision de justice" du tribunal de grande instance de Lyon, prévue le 24 septembre.

Par le biais de la direction départementale de la cohésion sociale, des travailleurs sociaux effectueront, d'après la préfecture, "un diagnostic social" pour connaître "la situation administrative des migrants et leur degré de fragilité". En fonction de ces résultats, elle pourra ensuite "procéder à un relogement ou non", impliquant pour certains "d'être reconduits à la frontière". 

 

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